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VoteWatch Europe

Monographie du think tank européen basé à Bruxelles

26 mars 2015 par Claire BOUILLET

VoteWatch Europe est un think tank qui analyse les élections et le processus législatif européens Si son but principal est l’amélioration de la transparence dans les processus décisionnels de l’Union Européenne, VoteWatch.eu ne promeut pas officiellement de vision particulière de l’Europe.

Le principe et les valeurs :

Organisation indépendante, non partisane et à but non lucratif enregistrée en Belgique (VoteWatch Europe AISBL), son objectif principal est de promouvoir de meilleurs débats et une meilleure transparence au sein de la gouvernance européenne ou, selon son slogan, « For greater transparency and better debates in EU politics ». Pour cela, VoteWatch Europe fournit un accès facilité et une analyse des votes et des autres activités du Parlement Européen et du Conseil des Ministres de l’Europe. La méthode de travail consiste essentiellement à prendre les informations à la source, au sein des différents secrétariats des institutions européennes, en particulier sur leurs sites pour les registres des votes et des activités, afin de donner une vue d’ensemble des activités des membres du Parlement Européen ainsi que des activités des Etats membres au sein du Conseil. En résumé, VoteWatch aurait pour vocation de restaurer le lien entre les citoyens européens et leurs instances parlementaires en mettant en lumière le travail des députés. Ainsi, le site est devenu une véritable mine d’information pour de nombreux citoyens, journalistes, ONG, groupes d’intérêts, politiciens, agents de l’administration publique et, plus largement, pour tous ceux qui s’intéressent au débat politique européen.
La démarche affichée de la structure serait de combler le « déficit démocratique » souvent dénoncé au sein de l’UE entre les citoyens et leurs représentants politiques. A travers un accès privilégié à l’information, le citoyen se sentirait plus inclus dans la vie institutionnelle européenne en ce qu’il peut suivre en détail ce que fait « son » député, voire tout le groupe politique pour lequel il a voté. Le positionnement de VoteWatch a ceci de particulier qu’il semble se situer à mi-chemin entre l’ONG qui défend des grands principes moraux et/ou fonctionnels (ici tels que la transparence et la gouvernance responsable envers ses électeurs) et le média en croisade contre l’establishment tels les « Pentagon Papers » en 1971, qui avaient alors révélé l’affaire du Watergate impliquant le président Nixon. On peut mieux comprendre ce parallèle à l’aune des réactions indignées de certains représentants politiques face aux « révélations » de VoteWatch, notamment en ce qui concerne le taux de présence au Parlement Européen des différents députés.

Les outils :

Pour cela, cette organisation met à disposition les informations concernant les décisions du Parlement Européen et du Conseil des ministres de l’Union Européenne sous une forme attractive favorisant la compréhension des citoyens. A l’aide de méthodes statiques sophistiquées, développées par des chercheurs en science politique de la London School of Economics et de l’Université de New York, ce site couvre l’activité du Conseil et du Parlement Européen depuis 2009. Les informations relatives au Parlement Européen sont mises à jour régulièrement, à la fin de chaque session où les membres votent. Quant à celles relatives aux votes du Conseil, elles sont mises à jour dès qu’elles sont rendues publiques par son Secrétariat. Le site permet d’évaluer l’assiduité des 736 eurodéputés, de suivre tous leurs votes, ainsi que ceux de leur groupe parlementaire. En l’absence de couverture médiatique, il permet aux citoyens de savoir assez facilement ce qu’il se passe au Parlement. Le site est animé par une équipe d’experts permanents, ainsi que par des contributions ponctuelles extérieures. Pour l’avenir, l’équipe du site s’intéresse de près aux projets similaires lancés à l’échelle nationale, mais n’a pour l’instant pas les ressources nécessaires pour mettre en place des déclinaisons nationales de VoteWatch. Cependant en France, il existe des systèmes relativement semblables de « surveillance » des Sénateurs et des Parlementaires Français (http://www.nosdeputes.fr/ et http://www.nossenateurs.fr/).

Parmi ces outils on trouve les « fiches votes » qui expliquent l’enjeu des textes discutés ainsi que le détail des votes, les « fiches députés » qui permettent de suivre le travail et les votes de chaque député, les « fiches partis » pour connaitre les votes de chaque parti, leur cohésion et leur assiduité, les « tendances de coalition » qui recensent les majorités les plus fréquentes formées par les différents groupes politiques pour adopter des textes, le « Votematch » qui permet de voter virtuellement sur les textes discutés par le Parlement et enfin les « bilans de fin de mandat » où VoteWatch revient sur le travail des eurodéputés.

Ses activités principales sont donc la mise en ligne des informations concernant les décisions du Parlement Européen et du Conseil de l’Union européenne, sous une forme attractive, avec de nombreux schémas et graphiques, favorisant la compréhension, ainsi que la publication de rapports et d’analyses. C’est pour ce travail de recherche, d’évaluation, de prospective et de production d’idées et d’analyses que l’on peut effectivement classer VoteWatch dans la catégorie des Think tanks. Parmi les activités proposées par VoteWatch on trouve :
• Des débriefings des sessions plénières du Parlement Européen pour en expliquer les résultats
• Une participation aux activités en rapport avec le Parlement Européen et la politique européenne à Bruxelles en général (par exemple lors du lancement du site « Electio2014 », une plateforme web et une application mobile en 24 langues crée pour informer les citoyens quant aux partis en lice pour les élections de Mai 2014).
• Une participation à d’autres formes médiatiques comme à des livres universitaires basés sur leurs données statistiques (avec par exemple le manuel publié en 2011 intitulé “The Politics of the European Union“, édité par la Cambridge University Press et dont les auteurs sont les professeurs Herman Lelieveldt et Sebastiaan Princen de l’Université d’Utrecht aux Pays-Bas).
Les succès :
• En 2009, année de sa création, VoteWatch annonçait 100 000 visiteurs uniques par mois. Aujourd’hui, son directeur des politiques Doru Franţescu parle de « plusieurs centaines de milliers de visiteurs ». Il met surtout en avant le temps moyen passé par les visiteurs sur le site (5 minutes), bien supérieur à la moyenne (qui se situe globalement à 2 minutes 30).
• VoteWatch est de plus en plus utilisé par les eurodéputés pour mettre en valeur leur travail parlementaire, preuve s’il en est qu’ils attachent de l’importance à l’image renvoyée par leur fiche.
• VoteWatch est également régulièrement sollicité par des think tanks nationaux pour produire une information encore plus poussée sur les eurodéputés et les groupes politiques d’un Etat-membre particulier.
• Le site est aujourd’hui mentionné par plus de 100 000 pages web, selon Google.
• La création de « widgets » pour tous (particuliers, ONG, MP…), qui permettent de suivre un Parlementaire en particulier et sont disponibles gratuitement (en contrepartie il faut faire savoir à VoteWatch où le widget sera mis sur internet et de ne pas le modifier dans sa forme ni dans ses fonctionnalités sans son accord) est à relever.

Cependant, pour suivre tout un parti politique ou tous les votes sur un thème particulier, le service est payant et sert à financer l’organisation. Il existe donc une bonne communication avec le public et les dirigeants.
• La véracité de leurs données est vérifiée face aux réactions parfois vives des hommes politiques lorsqu’ils y sont confrontés (par exemple, Mélenchon qui essaye de décrédibiliser les informations données par VoteWatch après avoir été pointé du doigt comme particulièrement absentéiste au Parlement Européen).
Points forts :
-  Une information exhaustive et claire sur l’activité des institutions européennes
-  Des critères précis évoqués sur le site internet
-  Des analyses des évènements européens
-  Une variété des sponsors (voire liste des sponsors, d’un lobby industriel à une ONG humanitaire crée par Bono)
-  Un partenariat apparemment solide avec l’institut Jacques Delors-Notre Europe, ce qui permet de donner une certaine légitimité à ses publications.
Les critiques :
• En raison de la complexité et de l’abondance des informations qu’il présente, et du faible intérêt des citoyens pour le travail du Parlement Européen, VoteWatch reste davantage, de l’aveu même de ses fondateurs, un outil pour experts, journalistes ou passionnés d’Europe que pour le grand public (qui représente moins de 50% des visiteurs). Il peut toutefois servir de base à un travail journalistique, plus concis et accessible, comme des palmarès d’absentéisme des eurodéputés, des résumés périodiques des textes importants votés, ou un véritable travail de bilan en fin de mandat.

• Pour un organe qui prône la transparence, le bilan comptable semble parfois en manquer. Ce déficit de transparence pourrait porter atteinte à la crédibilité de cette organisation. On peut toutefois constater un effort et des progrès quant à ces questions financières (pour le budget 2013, des pourcentages précis des postes de dépenses sont fournis, contrairement aux données de l’année 2011-2012 qui laissent dans l’ombre par exemple la part de subventions de EPS, Burson-Marsteller et White & Case, même si le descriptif de leurs activités est précisé). Il en résulte un manque problématique de lisibilité, notamment en ce qui concerne le statut même d’organisation à but non –lucratif, c’est-à-dire pouvoir vérifier qu’il n’existe aucun profit réalisés au regard du bilan comptable détaillé (dans lequel les actifs doivent être égaux aux passifs).

Le financement :

VoteWatch est financé à travers une combinaison de sources (particulièrement du Parlement Européen), sponsors d’organismes similaires, services marchands, contributions des membres et donations individuelles. Les sponsors officiellement connus sont :
-  Adessium Foundation
-  Burson Marsteller
-  Citizens for Europe
-  The Joseph Rowntree Charitable Trust
-  Open Society Foundation
-  White and Case
-  Center for European Policy Studies (CEPS), qui participe à des publications conjointes sur certains sujets.
-  ElectionMall.com, qui est une plateforme de services internet et de recherche.
Concernant “VoteWatch Community Interest Company” (Royaume-Uni), le budget a baissé entre l’année 2011-2012 et l’année 2012-2013, passant de 280 000 euros à environ 157 000 euros. Ces estimations se font sans compter les avantages non-marchands dont VoteWatch a bénéficié durant la période 2011-2013 comme de l’espace de bureaux (CEPS), des services légaux (Burson-Marsteller) et de communication (White & Case). Son principal poste de dépense était les coûts de personnels (45% en 2011-2012) puis celui inhérent aux services informatiques de maintenance et de collecte de données (35% en 2011-2013) avant de transférer le travail de veille et d’analyse aux locaux de Bruxelles.

Concernant “VoteWatch Europe AISBL” (Belgique), le budget a augmenté, passant d’environ 123 000 euros en 2012 à 300 000 euros en 2013. Il faut prendre en compte le fait qu’en 2012, le bureau de Bruxelles ne devint opérationnel qu’au dernier trimestre, c’est pourquoi beaucoup de ses financements ont été mis en réserve pour l’année suivante. Le budget effectivement utilisé l’a été sur les postes des frais de personnel et autres frais administratifs. En 2013, en plus des revenus issus des divers sponsors, le bureau bruxellois a eu des revenus de services de consultance, sans compter les donations et les adhésions des membres. Au total, le plus gros poste de dépense est directement lié aux différents coûts de personnel (55%), suivit de la maintenance et du développement informatique (24%), puis par les frais de fonctionnement généraux (11%).

Les Organisations partenaires sont en 2013, selon VoteWatch :

-  “House of the Dutch Provinces”. En 2000 les douze provinces Hollandaises et l’association des autorités provinciales ont établies la Maison des provinces hollandaises à Bruxelles. A travers une position publique forte et une représentation effective à Bruxelles, l’unité et la proactivité des provinces sont mises à l’épreuve. Son rôle principal est de représenter les intérêts des provinces en anticipant, en formant des alliances et en développant la communication.
-  IOGP (International Association for Oil and Gas Producers). Cette organisation se veut le porte-parole des compagnies internationales de gaz et de pétrole. Elle regroupe des sociétés pétrolières et gazières publiques, privées ou ayant un statut intermédiaire, les associations du milieu, et les plus grosses sociétés de services du milieu énergétique.
-  « ONE Campaign ». ONE est un organisme international non partisan, de campagnes publicitaires et de plaidoyers au sein duquel 6 million de militants essayent d’enrayer la pauvreté extrême et de prévenir les maladies, surtout en Afrique. Cofondée par Bono, cet organisme a pour but de sensibiliser l’opinion publique et de dialoguer avec les décideurs politiques dans le but de combattre le SIDA et les maladies auxquelles il existe déjà des traitements, augmenter les investissements dans l’agriculture et les programmes de nutrition et enfin pour exiger une plus grande transparence de la part des gouvernements. ONE travaille également étroitement avec des activistes et de hommes politiques africains qui combattent la corruption, promeuvent la priorité d’enrayer la pauvreté, supervisent les aides et aident à l’émergence d’une société civile et d’un développement économique.

Les donations 2013 proviennent d’individus comme par exemple, selon VoteWatch, François Busquet, Jurgen Sluijter, Marc-François Smitz.

Equipe :

Son équipe est composée d’un petit nombre de professionnels, qui combinent compétences et expertises au niveau européen, ainsi qu’une expérience poussée dans le développement des outils de transparence en ligne. Dans cette équipe on trouve M. Doru Franţescu co-fondateur de l’association VoteWatch basée à Londres et Mme Elisa Irlandese, assistante des politiques et des évènements de l’organisation. Quant au Conseil, on y trouve de nombreux chercheurs tels que le président, le Dr Simon Hix (également co-fondateur de VoteWatch), le vice-Président, le Dr Sara Hagemann (également co-fondatrice), Mme Kathalijne Buitenweg, M. Mikołaj Dowgielewicz, le Dr Ignasi Guardans, le Dr Abdul G. Noury (également co-fondateur) et enfin Sir Julian Priestley.

Enfin, l’Assemblée Générale se répartit en deux entre l’Assemblée Générale de VoteWatch CIC (Londres) dont les membres sont Doru Frantescu, Sara Hagemann, Simon Hix, Abdul Noury et Michiel van Hulten, et celle de VoteWatch Europe AISBL (Bruxelles) dont les membres à part entière sont Sara Hagemann, Simon Hix, and Abdul Noury et les membres associés sont Kathalijne Buitenweg, Mikołaj Dowgielewicz, Ignasi Guardans, Sir Julian Priestley et le « European Policy Centre » (EPC).

En conclusion, se pose la question du choix géographique des bureaux de l’organisation. En effet, la Belgique et le Royaume-Uni . En effet, si Bruxelles semble un choix évident par rapport à sa proximité des institutions européennes, pour la diffusion et la collecte de renseignement, en revanche Londres semble constituer un choix curieux, étant donné la position particulière du Royaume-Uni au sein de l’UE, ainsi que la montée en puissance des partis eurosceptiques en son sein.

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