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Repenser à l’heure du numérique

19 mars 2012 par Selim ALLILI

Rencontre avec Renaissance Numérique, un think tank dédié au numérique

1. Pourriez-vous retracer brièvement la genèse de Renaissance Numérique ?

Renaissance Numérique est un think tank créé en 2005 et composé d’experts issus du monde universitaire (enseignants-chercheurs) et du monde économique (dirigeants d’entreprise). Il a vu le jour alors que la fracture numérique en France touchait près de 60% des foyers. L’objectif de l’association est de réfléchir mais aussi d’agir pour développer le numérique en France, dans une optique citoyenne.

L’association Renaissance Numérique mène des actions dans une double optique :

1. Une optique citoyenne ; les actions de l’association visent à ce que :
a. le développement du numérique en France soit pensé de manière à bénéficier au plus grand nombre possible de personnes ;
b. le développement du numérique ne soit pas le lieu d’une fracture qui aboutisse à créer une société à deux vitesses entre ceux qui maîtrisent ces systèmes et ceux qui ne les maîtrisent pas ;
c. la France devienne un modèle de société de l’information.

2. Une optique économique : l’association œuvre pour le développement pérenne du secteur numérique en France et pour que toutes les entreprises puissent bénéficier des avantages qu’elles ont à tirer de leur digitalisation.

Nous pouvons citer quelques actions phares :

→Renaissance Numérique publie en 2007 un livre blanc contenant 15 mesures pour développer le numérique en France avec comme objectif d’arriver à 80% de foyers équipés, connectés et formés à l’internet. Parmi ces mesures, se trouve la création d’un poste de Ministère du Numérique
→Renaissance Numérique a permis de faire passer une loi sur le reconditionnement des ordinateurs pour que les entreprises puissent donner leurs ordinateurs aux salariés

→ Renaissance Numérique a été parmi les initiateurs du label Ordi 2.0 ;

→ Renaissance Numérique a lancé un projet de sensibilisation des élus avec la création du réseau Social Nextwork (www.social-nextwork.fr), une première en France dans le domaine numérique et politique ;

→ le think tank est régulièrement auditionné par les différentes institutions législatives ou exécutives, françaises et étrangères (Sénat américain, Commission européenne, Assemblée nationale, Sénat, ministères).

2. En quoi le think tank Renaissance Numérique se distingue-t-il d’une association professionnelle qui défendrait des intérêts spéficiques, en l’occurence ceux des industriels du secteur ?

Renaissance Numérique est indépendant et apolitique. Il ne s’agit pas d’un lobby privé qui défendrait des intérêts sectoriels, mais d’un « think-tank-lobby » citoyen. Chacun des membres, en adhérant à Renaissance Numérique, laisse ses intérêts privés de côté, pour venir défendre une cause commune : celle du développement du numérique pour tous. Il existe déjà de très nombreux syndicats professionnels, qui n’ont pour action essentielle que la défense sectorielle et la promotion de leurs adhérents. Contrairement à eux, Renaissance Numérique adopte une vision large et transverse du numérique. Le think-tank s’adresse à tous les citoyens et ses actions visent à leur rendre service à eux en priorité.

Les sujets de réflexion et d’action de Renaissance Numérique sont historiquement la lutte contre les fractures numériques et le développement de l’Internet citoyen. Ces objectifs sont inscrits dans les statuts de Renaissance Numérique.

Aujourd’hui, le think tank fait le constat que le numérique a bouleversé tous les champs du savoir, de la société, de l’économie. Il entend donc contribuer à définir

3. De manière générale, les think tanks se positionnent souvent sur un axe gauche/droite. Selon vous, existe-t-il une vision spécifique de gauche ou de droite liée au numérique ? Est-il possible de fédérer une vision commune et trans-partisane des enjeux liés au numérique ?

Le numérique est transversal. Droite et gauche peuvent avoir des positions communes sur de nombreux sujets liés au numérique (protection des données personnelles, neutralité des réseaux, soutien au développement de l’innovation, etc.).

S’il fallait trouver des clivages, ils seraient dans les différentes approches des sujets :

-  À l’autorégulation défendue à droite s’oppose, à gauche, la mutualisation (notamment en ce qui concerne les infrastructures) ;
-  Les tenants d’une vision répressive de la lutte contre le piratage s’affirment plus majoritairement à droite qu’à gauche, où la vision plus collectiviste tend à prévaloir ;
-  Les libéralismes de droite et de gauche ont tendance à se retrouver pour défendre la liberté d’expression et une forme de laissez-faire sur Internet ;
-  Les rencontres avec les députés organisées dans le cadre du Social Nextwork ont permis de démontrer qu’il n’y avait ni clivage majeur, ni préemption d’un parti ou d’un courant politique à propos du numérique. Il existe en revanche quelques réticences plus générationnelles et/ou culturelles que purement politiques et idéologiques.

4. Pourriez-vous nous décrire la manière dont Renaissance Numérique est organisé et comment votre think tank travaille au quotidien ?

#Organisation

Renaissance Numérique est dirigé par deux co-Présidents : Christine Balagué (enseignante-chercheuse, responsable de la Chaire des Réseaux Sociaux à l’Institut Telecom) et Guillaume Buffet (entrepreneur, dirigeant de « Les Gentils », entreprise de conseil en stratégie et marketing digital). Cette présidence reflète la double nature des activités et des centres d’intérêts de Renaissance Numérique qui souhaite faire avancer à la fois économie et société numériques.

Les décisions sont prises par le bureau (8 membres) qui se réunit mensuellement et le Conseil d’Administration (19 membres) qui se réunit chaque trimestre.

Deux permanents travaillent chez Renaissance Numérique au quotidien.

#Un travail de réflexion et d’action

Renaissance Numérique mène à la fois des activités de réflexion telles que des petits-déjeuners thématiques ou des infographies mais conduit également des projets de « do tank » tels que le Social Nextwork, ou l’organisation d’un QG du numérique pour la campagne présidentielle. En 2010, Renaissance Numérique a également dressé un bilan du développement numérique au niveau national ainsi qu’au niveau local (analyse des politiques menées dans les régions françaises).

° Organisation de petits-déjeuners thématiques :
Durant toute l’année 2011, Renaissance Numérique a organisé mensuellement des petits-déjeuners thématiques sur les grands sujets du numérique (droit à l’oubli, e-education, financement des start-up, ville numérique, etc.). Pour chacun de ces événements, Renaissance Numérique a fait appel à des experts du sujet (hommes ou femmes politiques, sociologues, avocats, architectes, etc.). Ces petits-déjeuners ont donné lieu à des comptes-rendus qui ont été partagés en interne. Ils sont venus enrichir les réflexions du think tank et la formulation des propositions pour la campagne présidentielle de 2012.

° Infographie : les flux sur les marchés culturels :
Afin d’aider le citoyen à mieux comprendre les débats autour de la culture et du numérique, Renaissance Numérique est en train de réaliser une photographie simple et objective des flux sur les marchés culturels. La première photographie concernera la musique.

° Sensibilisation des parlementaires : construction et lancement du Social Nextwork.
Renaissance Numérique a créé le premier réseau social français d’acteurs du net répartis sur tout le territoire : le Social Nextwork (www.social-nextwork.fr), avec comme objectif de sensibiliser les élus au numérique. Le réseau, lancé en septembre 2011, tend à regrouper 577 acteurs de l’écosystème numérique, à raison d’un par circonscription législative. Des entretiens entre ces référents numériques et leurs députés ont eu lieu dans toute la France en décembre dernier. Renaissance Numérique a regroupé les comptes-rendus de ces échanges et a remis une synthèse au Président de l’Assemblée nationale, M. Accoyer (synthèse).

° Lancement du « QG numérique » pendant la campagne présidentielle :
L’objectif de ce QG est de faire du numérique un sujet de campagne en fédérant les acteurs de l’écosystème (autres associations/ think tanks / bloggeurs…) au sein de ce QG, jusqu’à fin avril.


5. Quels sont les principaux axes de travail de votre think tank et dans cet esprit pourriez-vous décliner deux ou trois propositions fortes que vous défendrez pendant la campagne présidentielle ?

-  Repenser à l’heure du numérique : le maître-mot de Renaissance Numérique pendant la campagne présidentielle sera de repenser les programmes de campagne à l’heure numérique. Le numérique n’est pas un chapitre supplémentaire à ajouter dans un programme de campagne : il en est la nouvelle écriture.
-  Tirer la sonnette d’alarme sur l’état d’avancement de la France en matière de numérique (encore près de 30% des foyers n’ont pas de connexion, plus d’une TPE sur deux n’a pas de site Internet, le numérique dans l’éducation est aujourd’hui largement absent de toutes les réflexions, etc.).
-  Fédérer acteurs de l’écosystème et citoyens pour faire émerger les principales attentes et priorités en matière numérique.

http://www.renaissancenumerique.org/

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