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Liberální Institut

21 mai 2009

Le Liberalni revendique le titre de premier think tank libéral tchèque. Créé au lendemain de la chute du Mur, en 1990, il entendait jouer un double rôle : à la fois gardien d’une tradition libérale tchèque ancienne et guide des élites tchèques à travers le Rubicon de la transition économique.

La théorie économique libérale a connu en République Tchèque des développements précoces. Plusieurs auteurs de Bohème ont joué un rôle important au sein de l’Ecole de Vienne. Travaillant avec Eugen Boehm-Bawerk ou Ludwig Von Mises, ils ont largement contribué à l’édification du corpus libéral moderne. Les plus fameux d’entre eux furent Franz Cuhel et Karen Englis qui, figure de l’intellectuel-homme politique, fut également ministre des finances de la première république tchécoslovaque et l’un des hommes politiques les plus influents de son temps. David Ricardo, Jean-Baptiste Say, Frédéric Bastiat ou, encore Léon Walras sont alors traduits à Prague.

La période communiste va, un instant, éteindre cette effervescence libérale. Mais dès les années 1960, un cercle d’économistes dissidents recommence à discuter les thèses des écoles de Vienne, de Lausanne ou de Cambridge et découvrent Milton Friedman ou James Buchanan. Ce petit groupe, au sein duquel Vaclav Klaus jouera un rôle important, développe une doctrine économique profondément anti-interventionniste qui préfigurera la politique tchèque des années 1990. Ils érigent alors Frédérich Von Hayek en symbole et adoptent son postulat essentiel : le libéralisme économique sert la liberté politique.

En 1989, le groupe se dévoile et deux de leur plus jeunes membres, Jiri Schwarz et Miroslav Sevcik alors économistes à l’université d’économie de Prague, créent le Liberalni l’année suivante. Le think tank invite aussitôt plusieurs économistes libéraux de renommée mondiale, comme Milton Friedman. Il entreprend également la réédition ou la traduction de la plupart des ouvrages libéraux de référence et devient la première maison d’édition tchèque sur les thèmes économiques. Enfin, le Liberalni noue des liens avec d’autres think tanks libéraux, l’Institut Carl Menger à Vienne, le Cato Institute, l’IES d’Aix-en-Provence…Ces liens vont lui permettre de développer un grand nombre de formations destinées aux futures élites de la République.

Financé par des donateurs privés ou par d’autres think tanks libéraux, essentiellement américains, le Liberalni revendique son indépendance et entend seulement promouvoir les principes économiques libéraux dans les politiques publiques. L’arrivée de Vaclav Klaus à la tête du gouvernement en 1997 marque l’apogée de son influence : ses membres investissent alors le système universitaire classique ou les cabinets ministériels. Mais c’est également le début d’un déclin relatif, arc-bouté sur des principes libéraux radicaux, suspecté d’être parfois au service exclusif de Vaclav Klaus et opposé au dirigisme supposé de l’Union Européenne, le Liberalni est de plus en plus en décalage avec les préoccupations de la société et de la classe politique tchèque.

Ce think tank joue encore un rôle important sur la scène des producteurs d’idées mais la présidence tchèque de l’Union Européenne sera un révélateur important : soit le think tank parvient à surmonter son europhobie et à gagner une audience continentale soit il sera définitivement marginalisé comme un think tank libéralo-conservateur calqué sur le modèle américain.

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