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Le monde selon le Cercle des économistes

31 juillet 2012 par Pierre-Louis GERMAIN

Pour la douzième année consécutive, le Cercle des économistes a rassemblé à Aix-en-Provence dirigeants d’entreprises, hommes politiques et la crème des économistes de la planète, en poste dans les universités, les institutions financières, et souvent les deux à la fois. Thème des « Rencontres économiques 2012 », qui se sont tenues les 6,7 et 8 juillet derniers : « Et si le Soleil se levait aussi à l’Ouest ». La déclaration finale du Cercle des économistes titre : « Pour un rebond des pays occidentaux ». Il s’agit de ne pas céder au déclinisme, malgré le formidable écart de croissance entre les « pays avancés » et le monde émergent.

En tête des préoccupations de ces conjoncturistes, analystes et prescripteurs : le devenir de la zone euro. Des représentants des partis au pouvoir en Italie et en Espagne se sont exprimés à l’occasion de ces journées. Ils ont rappelé que leurs pays étaient prêts à accepter les exigences de l’Allemagne d’une stricte maîtrise des dépenses publiques. Le sommet européen de juin dernier a, selon eux, été un tournant, vers un regain de coopération. La première puissance de la zone euro a alors pris des engagements de soutien financier aux pays du Sud du continent, via notamment le mécanisme européen de stabilité. Ils ont permis un retour de la confiance, au moins dans le dialogue.

Pour beaucoup d’économistes, cette main tendue de l’Allemagne ouvre la porte à de nouvelles étapes. « Les solutions viendront d’une mutualisation partielle des dettes souveraines des pays de la zone », soutient la déclaration finale. Elle plaide aussi pour la création d’un comité budgétaire européen, garant, notamment, du contrôle des déficits des pays de la zone.

On retrouve ici une vision de l’Europe qui fait consensus parmi beaucoup d’économistes : à la fois plus rigoureuse avec ses comptes publics et plus fédérale. Pour eux, c’est à ces conditions et dans ce cadre institutionnel seulement que la Banque centrale européenne jouera son rôle de préteur en dernier ressort, c’est-à-dire de soutien indéfectible pour le système financier. Pour les marchés financiers, un messie dont il faut hâter la venue.

Lors des « Rencontres économiques 2012 », les économistes se sont aussi intéressés au cas de la France. Car dans cette Europe plus solidaire qui se construit, il serait tout de même dangereux de rester à la traîne du peloton. Et la France doit rattraper son retard avec son voisin d’outre-Rhin. Pour combler le déficit commercial, stopper la désindustrialisation, relancer l’investissement et... lutter contre le chômage, le nerf de la guerre sera la compétitivité des entreprises. La déclaration reprend l’idée d’un « choc d’offre », déjà utilisée par l’Institut de l’Entreprise dans un rapport publié en janvier dernier (« Pour un choc de compétitivité en France »). Avec un soutien accru de l’État aux entreprises exportatrices, des règles et une fiscalité plus favorables aux investissements et à l’innovation.

Si cette voix porte, plusieurs idées pourraient revenir dans le débat. La TVA sociale, repoussée par François Hollande, durant la campagne, est suggérée par l’Institut de l’Entreprise ou encore la Fondation Concorde. Tous les protagonistes, sous différentes formes, plaident pour un transfert des recettes des prélèvements sociaux vers l’impôt. Il s’agit d’alléger les charges qui pèsent sur les marges des entreprises, et donc leur compétitivité, en particulier dans les secteurs exposés à la concurrence internationale. Il s’agit aussi d’asseoir le financement de la protection sociale sur une base beaucoup plus large que le travail : la consommation. Cette idée n’est pas cantonnée aux think tanks réputés libéraux.

Terra Nova, proche du PS, recommande aussi un tel transfert, dans une note parue le 1er juillet (« Investir dans l’avenir : une politique globale de compétitivité pour la France »). Et le ministre de l’Économie et des Finances, Pierre Moscovici, présent à Aix, n’a pas fermé la porte.

Moins évoqué ces derniers mois, l’assouplissement du cadre juridique du Contrat à durée indéterminé (CDI) est mentionné dans les recommandations de la déclaration finale, qui y voit un moyen incontournable pour favoriser l’insertion des jeunes. Il s’agirait là d’assouplir les périodes d’essai et les procédures de rupture du contrat de travail. Cette démarche serait accompagnée de la généralisation du CDI, au détriment du Contrat à durée déterminée. L’Institut Montaigne, dans son « Vademecum 2012-2017 - Objectif Croissance », publié en mars dernier, développe déjà cette idée. Elle n’est pas, là non plus, étrangère au souci de réduire l’incertitude juridique liée au contrat de travail, considéré comme un frein à l’investissement et à l’embauche.

Selon certains, les obstacles politiques à de telles réformes semblent encore infranchissables, tant celles-ci ont été éludées durant la campagne présidentielle. Le contraste avec le consensus qu’elles suscitent, parmi un certain nombre d’économistes, est saisissant. Mais à défaut d’être bientôt au menu législatif de nos nouveaux députés, elles pourraient bientôt faire une entrée fracassante dans le débat public.

Article publié initialement le 28/07/12 sur le site d’Économie Matin

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