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Bruegel, un think-tank au cœur de l’appareil européen.

19 août 2014

L’observation attentive de la vie quotidienne des peuples et de leur activité économique, un regard en mouvement, l’Europe pour horizon : autant d’attributs que partageraient ce think tank avec le peintre flamand Pieter Brueghel l’ancien (1525-1569), dont il a adopté le patronyme. Mais ce nom est aussi un acronyme pour « Brussels european and global laboratory. »

Bruegel a été fondé en 2005, deux ans après que la déclaration franco-allemande du 23 janvier 2003 appelle à la création d’un centre européen dédié aux débats internationaux sur la politique économique, financière et commerciale. Cette genèse permet de comprendre les spécificités de ce think tank : son double objet d’étude, l’Europe et l’économie, mais aussi sa situation équivoque. Il est à la fois un centre de recherche dont l’indépendance est assurée par ses statuts, et un organisme placé dès son origine au service des institutions européennes. Cette dualité se retrouve dans la structure de financement. En 2011, les contributions publiques, apportées par seize états-membres de l’Union européenne ou via différents projets communautaires, représentaient deux tiers des quatre millions d’euros de ressources du think tank. Le reste provient d’entreprises privées, qui ne sont d’ailleurs pas toutes européennes. Au conseil d’administration, présidée par l’ancien président de la banque centrale européenne (BCE) Jean-Claude Trichet, se retrouvent côte à côte, hauts fonctionnaires et dirigeants du secteur privé.

Situé au cœur de Bruxelles, à l’entrée du quartier européen, Bruegel a un accès privilégié aux institutions de l’Union. Les décideurs de la Commission, du Conseil ou de la BCE (basée à Francfort) bénéficient souvent de la primeur de ses analyses. Les rapports du think tank, l’un sur les implications budgétaires d’une union bancaire, publié en mars 2013, l’autre sur la croissance en Europe, en avril 2013, ont même été présentés, en avant première, aux ministres des finances des pays de la zone euro lors des sommets Ecofin. Cette proximité avec les hauts fonctionnaires européens et les dirigeants des pays de la zone, confère à Bruegel une influence sans équivalent sur les choix de politiques économiques de l’Union. Celle-ci n’est toutefois pas à sens unique. « Les institutions européennes nous suggèrent souvent des idées. Dans certains cas, les sujets sont même commandés », reconnaît un économiste en interne, qui précise toutefois que personne n’exerce d’influence sur le contenu des publications.

En osmose avec les institutions européennes et les gouvernements, Bruegel n’affiche logiquement aucune couleur politique. Il est cependant rarement en porte-à-faux avec la Commission. Sur les dossiers de l’année 2013 (objectifs fixés à la Grèce pour la réduction de son déficits, sauvetage du système bancaire chypriote, budget européen), ses économistes ont défendus dans la presse les positions de Bruxelles.

Mais qu’importe puisque Bruegel a une autre spécificité : ce sont les auteurs des publications, économistes et chercheurs, qui assument leurs thèses, et non le think-tank lui-même. Effet collatéral inévitable, la notoriété de Bruegel est parfois ombragée par celles de ses économistes-vedettes, comme Jean Pisany-Ferry ou Nicolas Veron, plus connu en France que le think-tank lui-même. Le premier a d’ailleurs quitté Bruegel pour être nommé le 1er mai 2013 à la tête du commissariat général à la stratégie et la prospective (CGSP) récemment renommé France Stratégie. Il rend compte directement auprès du Premier Ministre. Le second ne cesse d’accroître son influence. Il a été classé 40ème personnalité la plus influente sur les marchés financiers mondiaux, par l’agence Bloomberg en 2012.

Héberger des stars n’empêche pas Bruegel de rayonner. Dans le dernier classement de référence des think tanks de l’Université de Pennsylvanie (Go To Think Tank), il est ressorti au troisième rang mondial pour sa capacité d’influence sur les politiques publiques, et en première place pour la qualité de sa production dans le champ de l’économie international.

Entre l’idée et le projet politique qui en découle, la recherche de paternité est un exercice délicat. Et il serait hasardeux d’affirmer que le think tank fait la pluie et le beau temps dans les politiques économiques européennes. Mais en présentant dès 2009, un projet d’union bancaire et dès 2010, un mécanisme d’obligations européennes (euro-bonds), Bruegel a, pour le moins, fait preuve d’un grand sens de l’anticipation. L’actualité et les publications de Bruegel sont déjà très suivies par les décideurs politiques. Elles le sont de plus en plus par les intervenants sur les marchés financiers, dont les booms et les cracks sont désormais calés sur les crises de la gouvernance européenne.

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