Observatoire européen des think tanks Think tanks and civil society : because ideas matter

Accueil > Think tanks > International > Polémique autour du « Cato Institute »

Polémique autour du « Cato Institute »

10 mars 2012 par Marie-Cécile NAVES

Les frères Koch réussiront-ils à prendre le contrôle du think tank libertarien pour le mettre au service du Parti républicain ?

Ces derniers jours, la presse américaine a été agitée par une controverse autour du financement du célèbre think tank libertarien Cato Institute. L’un de ses membres fondateurs, le milliardaire Charles Koch (qui a fait fortune dans la pétrochimie), est accusé par les autres dirigeants de l’organisation de mettre en péril l’identité et l’indépendance de cette dernière. Selon eux, il souhaiterait avoir les mains libres pour défendre et alimenter tous azimuts les prises de position du parti républicain, notamment en mettant les (puissantes) ressources intellectuelles du Cato au service d’autres think tanks qu’il finance, comme American for Prosperity, proche des Tea Party (et notoirement moins doté en chercheurs et penseurs reconnus). Charles Koch et son frère David détiennent deux des quatre sièges du comité directeur du Cato et souhaiteraient prendre le contrôle d’un troisième, laissé vacant. Ils ont même, à cette fin, intenté une action en justice contre le think tank. En point de mire : les élections présidentielles de novembre 2012 et la bataille pour la défaite de Barack Obama.

« Nous ne voulons pas que le Cato Institute devienne un auxiliaire du Parti républicain », a affirmé le président et co-fondateur de l’organisation, Edward H. Crane. Pour un autre responsable, Robert A. Lévy, il en va de la réputation et même de la survie du Cato, étant donné que d’autres donateurs risquent de se désister si l’organisme passe sous la coupe de la famille Koch. Organisme non lucratif dont le budget a atteint 23 millions de dollars en 2011, le Cato Institute est en effet financé par diverses contributions privées (essentiellement individuelles), dont les donations des Koch ne constituent qu’une partie.

Le New York Times rappelle que si le think tank a beaucoup défendu les positions des libertariens républicains, dont le droit au port d’armes et le refus de la régulation financière, il ne s’est pas pour autant coupé des idées de centre-gauche. Ainsi, il soutient (à certaines conditions) le mariage homosexuel, la dépénalisation des drogues et les programmes d’immigration de travail, tout en s’opposant au Patriot Act (sur l’anti-terrorisme) et à l’interventionnisme militaire. Dès lors, il entend garder sa liberté de pensée et ne pas défendre l’ensemble des positions du Grand Old Party si bon lui semble.

Bel exemple de tensions entre les organismes d’expertise et leurs financeurs outre Atlantique. Mais là, les protagonistes sont extrêmement connus à Washington (et même dans le pays tout entier). Et ils jouent gros. Le Cato Institute a lancé une bataille médiatique via un site Internet, « Save Cato ». Malgré les déclarations publiques de Charles et David Koch, qui tentent de calmer le jeu en récusant toute hostilité et tentative d’abus de pouvoir, la guerre est bel et bien déclarée.

Suivez-nous !

Copyright Observatoire des think tanks - Powered by SPIP, Feat.B_HRO - Mentions légales