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"MEXIQUE - ETATS-UNIS : une relation mouvementée"

2 novembre 2010 par Olivier URRUTIA

La récente loi sur l’immigration promulguée en Arizona par sa gouverneure Jan Brewer, a remis sous les feux de l’actualité les relations entre Mexique et Etats-Unis.

Anciennement ennemis, puis voisinage oblige, les deux Etats limitrophes développent depuis une vingtaine d’années des zones de partenariat visant à un rapprochement économique, politique, sécuritaire, confinant parfois même à une véritable interdépendance. Mais des décisions de politique publique intérieure prise unilatéralement par l’un ou l’autre affectent de fait le voisin, freinent et détériorent ces tentatives de rapprochement.

Les relations historiquement distantes, parfois même tendues, entre le Mexique et les Etats-Unis ont connu les deux dernières décennies une évolution positive jalonnée d’évènements majeurs :

- L’« Immigration Reform and Control Act » appliquée par Ronald Reagan (1986) qui régularise la situation des immigres illégaux à l’époque, avec l’appui d’une très large majorité de la population.

- Le Traite « Alena » qui réunit les deux pays et le Canada dans une zone de libre échange.

- La « Merida Initiative », plan voté par le Congrès américain qui prévoit d’accorder 1,4 milliards de dollars d’aide à des pays d’Amérique Centrale, dont 350 millions au seul Mexique sur une durée de trois ans. En contrepartie, le gouvernement mexicain doit engager des réformes juridiques et judiciaires de fond et combattre la corruption qui gangrène ses services de police et l’armée, afin de lutter efficacement contre le trafic de drogue, d’armes et d’immigration clandestine dont le meilleur « client » sont les Etats-Unis.

Pourtant, des voix, tant du parti Démocrate que Républicain, s’élèvent pour critiquer un plan jugé trop timoré aux effets trop limités et insuffisants. Elles réclament une coopération accrue en terme de logistique, d’échange d’information, de méthodologie, dépassant la « simple » subvention.

Le pendant de ces avancées ? La loi « Tancredo-Sensenbrenner » qui criminalise l’immigration clandestine et impose la construction d’un mur sur 1200 km de frontière avec le Mexique. Et aujourd’hui, la loi en Arizona qui fait de l’immigration clandestine un crime passible de la justice de l’Etat et non plus un délit pris en charge par la justice fédérale. Le président Obama, sa majorité, ainsi que certains Républicains sonnent le tocsin contre cette loi arbitraire et stigmatisante pour toute une partie de la population. Le président Calderón et les Institutions mexicaines annoncent des relations touristiques et culturelles tendues entre les deux Etats. Calderón annonce son intention d’aider à organiser le droit des Mexicains résidant aux USA par le biais d’associations de soutien dispensant entre autre une assistance juridique gratuite.

Et au milieu de cette polémique, des think tanks américains soulignent avec force les raisons de développer et renforcer des relations de coopération avec le Mexique. American Progress met en avant les liens d’interdépendance : 14 villes jumelles, 5,5 millions de citoyens américains se rendant chaque année au Mexique et les 85% de l’exportation mexicaine ayant les Etats-Unis pour destinataires.

Le Council on Foreign Relations met l’accent sur le poids socio-économique du Mexique aux Etats-Unis : 3e fournisseur de pétrole (le plus stable en la matière), 12 millions d’immigrés mexicains résidant aux USA, 3e communauté ethnique en terme de nombre de naissances annuelles et 3200 km de frontière commune. Les think tanks mexicains comme le CIDAC et le CEDAN louent le Traité Alena qui représente selon eux le plus grand facteur de stabilité économique du Mexique et voient leur voisin américain comme la meilleure opportunité de progrès.

Les think tanks mexicains déplorent que chaque Etat œuvre à coup de lois et de projets de façon unilatérale. Washington et Mexico ne tiendraient pas compte de leurs réelles contraintes respectives mais attendraient de l’autre qu’il trouve les solutions aux problématiques communes. La réciprocité consisterait à établir une relation basée sur le mode du « donnant / donnant » amenant à du « gagnant / gagnant » : Je t’aide, donc je m’aide. Le CIDAC et le CEDAN, les plus prolixes sur le sujet, relèvent les causes qui seraient à l’origine, selon eux, du manque d’efficacité des méthodes employées des deux côtés de la frontière :

- Le Mexique, pour qui culturellement le respect des lois reste un thème mineur, ne tient pas compte de l’importance sacrée que cela revêt pour les Américains.

L’argument mexicain selon lequel un citoyen peut entrer et sortir librement du territoire contredit la politique américaine sur le sujet. Comme la volonté politique récente de légaliser l’usage de certains stupéfiants qui fâche les Etats-Unis autant pour ce que cela représente idéologiquement que pour l’aspect arbitraire de la décision. La corruption omniprésente dans toutes les sphères de l’Etat, le manque de moyens et le déficit infrastructurel constituent souvent le premier obstacle aux tentatives mexicaines de résolution des problèmes. Le Mexique n’a pas su profiter de la croissance économique liée à l’Alena pour réformer en profondeur le pays et ainsi le moderniser. Si le Mexique attend des Etats-Unis qu’ils résolvent l’épineux sujet de l’immigration clandestine sur leur sol, il doit de son côté accepter de réguler le flux de transit migratoire a ses frontières. Et de leur coté les Américains tenter de limiter la consommation de drogue chez eux afin que le combat mexicain contre ce trafic trouve une vraie efficacité.

- Les Américains, eux, ne tiendraient pas assez compte de l’effet « appel d’air » que représente pour la population mexicaine pauvre la multitude d’offres d’emplois sur leur sol : cuisine, jardinage, ménage, gardiennage et autres services. Ce serait l’une des raisons majeures d’une immigration mexicaine massive et souvent incontrôlée. Les Mexicains iraient aux Etats-Unis après avoir reçu l’assurance de trouver un emploi. D’ailleurs, le taux de chômage dans la communauté mexicaine est inférieur à celui des natifs américains. La loi sur l’immigration en Arizona et le contexte de crise économique s’accompagnent d’un affaiblissement de l’opposition démocrate dû aux élections intermédiaires dites de « mi-mandat », plaçant le parti républicain, héraut de la sécurité et du combat pour le respect des lois, en position de force.

Le CEDAN propose que le gouvernement mexicain renonce à attaquer ses « ennemis » aux Etats-Unis pour, au contraire, appuyer les points d’accord déjà existants comme sur l’économie, l’énergie et l’écologie, afin de soutenir ses alliés objectifs américains. Et il rappelle que le contrôle des frontières communes et des flux migratoires ainsi que le combat contre les marchands d’armes et les narcotrafiquants, relèvent d’intérêts communs pour les deux Etats. Quant au CIDAC, s’il insiste pour que le Mexique prenne ses responsabilités en matière de flux migratoires, il rappelle que les lois américaines drastiques sur l’immigration provoquent des drames humains terribles. Des familles intégrées et enracinées aux Etats-Unis depuis plusieurs générations se retrouvent séparées par l’expulsion des parents ou grands-parents restés clandestins.

Olivier Urrutia

Notes :

Mexico – US relations, what’s next ?, Council on Foreign Relations, Shannon K. O’Neil

Idea of the day : collaborate with Mexico on Border Security, American Progress We share more than a fence, American Progress, Mickael Werz

The drug fight in Mexico, American Enterprise Institute, Roger Noriega

Qué es lo que México quiere de Estados Unidos ?, Centro de Investigación para el Desarrollo A.C., Luis Rubio

Emigración : Centro de Investigación para el Desarrollo A.C., Luis Rubio

Evitar nacionalismos e impulsar competitividad… : Centro de Diálogo y Análisis sobre América del Norte, Sofia Viguri

ALENA (ou NAFTA en anglais) : Accord nord-américain de libre-échange entre en vigueur le 1er janvier 1994, dont les principaux objectifs sont d’assurer une concurrence équitable dans la zone entre membres (Canada, USA et Mexique), éliminer les barrières douanières pour les biens et les services, s’accorder sur la protection de l’environnement, approfondir la coopération trilatérale, adopter des procédures efficaces d’administration conjointe et de résolution des litiges.

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