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La mort de Kirchner, un tournant pour l’Argentine

Chronique d’Amérique Latine

8 avril 2011 par Olivier URRUTIA

Lorsque l’Argentine apprend la mort soudaine de l’ex-président Nestor Kirchner, le 27 octobre dernier, tous les médias du pays, et en particulier les blogs et think tanks, se rejoignent sur trois axes d’analyse : Que révèlent le deuil national et les innombrables scènes de désarroi sur l’histoire politique contemporaine de l’Argentine ? Quel bilan laisse derrière lui Nestor Kirchner ? Et, enfin, quelles perspectives politiques et économiques se profilent à court terme ? Celui qu’on surnomme NK était candidat pressenti aux prochaines élections présidentielles, mari et tuteur de l’actuelle présidente Cristina Kirchner, leader du Parti Justicialiste et Secrétaire General de l’UNASUR.

Le CADAL et la Fundación Atlas 1853, deux des principaux think tanks libéraux du pays, définissent volontiers le kirchnerisme comme un prolongement du péronisme, c’est–à-dire un pouvoir dirigiste sur le plan économique. Une idéologie construite sur une dichotomie permanente : « Nous », le peuple, contre les « Autres », l’élite et l’économie de marché, le leader incarnant le peuple et l’idée mythique de l’« argentinité ». Après 30 ans de démocratie, le système Kirchner serait le symbole de la faiblesse des institutions. La présidente, Cristina Kirchner, « bras armé » d’un mari dirigeant depuis les coulisses et des institutions comme le Congrès, incapables d’occuper la vacance du pouvoir. Le Parti Justicialiste, vaste empire idéologique crée par Perón, berceau probable du futur prince.

Les think tanks et les blogs libéraux tels que Foro de la Libertad ainsi que ceux de tendance socio-démocrate hébergés par Americas Quaterly reconnaissent certaines réussites majeures au bilan de NK :

- La restauration de l’autorité institutionnelle du gouvernement mise à mal par ses prédécesseurs, ce qui a permis d’affronter les crises.
- Des privatisations moins nombreuses et même des entreprises nationalisées comme la Poste.
- Les chiffres du chômage et de la pauvreté ont baissé au moins de moitié depuis 2003.
- La restructuration de la Cour Suprême de justice pour plus d’impartialité et l’abrogation des lois Punto final et Obedencia Debida qui protégeaient les criminels de la dictature.
- Le vote de lois libérales, bénéficiant à la communauté gay par exemple.
- Une participation active dans le rapprochement entre la Colombie et le Venezuela et dans la mise en échec du coup d’Etat en Equateur.

Mais CADAL, Atlas et les blogs connexes relativisent les améliorations sur le plan économique, principalement dues au contexte international favorable, le prix sur les exportations ayant dépassé celui des importations. La forte croissance serait soutenue par une dépense publique accrue, préoccupante pour l’endettement de l’Argentine. Et si le PIB a triplé, l’inflation aussi. Le protectionnisme et l’interventionnisme de son gouvernement sur l’économie auraient étouffé les possibilités d’initiative de la société civile au profit des lobbies et des corporations. La collusion entre Etat et entrepreneurs provoquerait un manque de compétitivité à l’international. Le paradoxe est que l’opposition ne propose aucune alternative et que les entrepreneurs, par essence capitalistes, soutiennent largement cette politique par opportunisme et confort. Il y aurait une analogie entre la forme de gouvernance des Kirchner et la présidence de Chavez au Venezuela dont le style autocratique a fait fuir les capitaux, éloigné le pays des institutions internationales, provoqué l’inflation et polarisé le pays. Kirchner aurait passé des pactes avec les militaires, les narcotrafiquants, la gauche et les mouvements syndicaux pour asseoir son empire et s’approprier toute la richesse produite par la société civile. De plus, la mauvaise répartition financière affecterait les droits individuels. Le problème politique majeur de l’Argentine serait l’érosion de la forme républicaine du gouvernement, la dégradation de sa culture démocratique. Le bon modèle ? Celui du Brésilien Lula, basé sur le consensus permettant une réelle prospérité et le développement du pays. La politique de NK a surtout été marquée par l’immobilisme : une forte croissance mais sans changement social notable. Quand au Brésil la classe moyenne est en pleine expansion, en Argentine un gouffre se creuse entre les riches et les pauvres.

Le contexte international reste favorable pour des réformes de fond qui permettraient une croissance soutenue, équilibrée et contrôlée. Atlas 1853 souligne comme paramètres positifs que le prix sur les exportations restera élevé car l’Inde et la Chine sont demandeurs de matières premières afin de produire pour le reste du monde. Et le voisin brésilien est une usine à croissance bénéficiant à toute la zone. Pour en profiter, il est nécessaire d’avoir la paix sociale et de l’ordre, deux gageures pour un pays secoué par les crises depuis 150 ans.

Les think tanks libéraux exigent que le gouvernement, et plus largement l’Etat, respectent la propriété privée, le libre échange, le pluralisme politique, la liberté d’expression et luttent contre la corruption et les collusions. Cela aurait pour effet de relancer la production, la créativité, l’innovation et ainsi accumuler et concentrer du capital. La récente crise avec le secteur de l’agriculture en est le meilleur exemple. Carlos Pagni, consultant pour Atlas 1853, dénonce la démagogie des thuriféraires de NK qui utilisent sa mort pour faire taire ses détracteurs. Le peuple, la presse et même l’opposition ne verraient plus en Cristina Kirchner qu’une veuve éplorée, mère de deux enfants. Elle ne profiterait pas de ce contexte d’accalmie puisque sur le vote du budget elle fait preuve d’une intransigeance extrême. Sans négociation, et donc sans accord entre les partis, le gouvernement en ressortirait très affaibli politiquement et limité dans sa gestion de l’Etat. Le CADAL propose une révision de la loi sur le budget afin de laisser plus de temps à son analyse et à des corrections, si nécessaire, de la part des législateurs. Récemment, le gouvernement, désavoué aux législatives de 2009, s’est montré plus souple, phénomène illustré entre autre, par le retour à un partenariat avec le FMI.

La mort de NK ouvre la possibilité d’une réorganisation du PJ et dessine un nouveau cycle politique : gouverner pour la conciliation nationale ou bien continuer à diviser pour mieux régner. La question sous-jacente étant de savoir si CK sera capable de composer avec cette nouvelle orientation de son parti. Son avenir et celui de tout le pays en dépendent. Americas Quaterly propose trois scénarios possibles à court terme : CK est réélue comme l’y autorise la Constitution réformée de 94. Ou bien le modéré et très populaire Daniel Scioli du PJ, se fait élire malgré son bilan médiocre de gouverneur de la province de Buenos Aires. Enfin, et c’est l’hypothèse la plus probable, une lutte s’engage entre dissidents péronistes et les groupes soutenant CK afin de faire main basse sur le Parti justicialiste.

Olivier Urrutia

Kirchner Massera, demonios ? Oswaldo Hector Rolleri (22/11/2010), Fundación Atlas 1853

Nuevos ciclos politicos y economicos ? Castor Lopez Ramos (11/11/2010), Findación Atlas 1853

Cristina tiene la palabra Elena Valera Narvaez, Fundación Atlas 1853

Algo se mueve en el PJ Carlos Pagni (15/11/2010), La Nación Blog

Un mes sin Kirchner : la oportunidad de un cambio Patricio E. Gazze (28/11/2010), Blog Foro de la Libertad

Presupuesto, Republica y Kirchnerismo Gabriel C. Salvia (23/11/2010), CADAL

El antiliberalismo del Peronismo y el Kirchnerismo Gonzalo B. Kuschel (11/11/2010), CADAL

Un adios súbito a NK Jenny Manrique (29/10/2010), Blog Americas Quaterly

Murió NK, dejando incognitas en la política argentina Juan Cruz Diaz (28/10/2010), Blog Americas Quaterly

Volvió el FMI como diseñador de CFK Pablo Diaz de Brito (6/12/2010), CADAL

El Brazil de Lula : nada más opuesto a la que se hace en la Argentina de K Pablo Diaz de Brito (6/10/2010), CADAL

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