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La Chine à la veille du sommet de Copenhague

Une grande puissance en mouvement ?

28 octobre 2009

La situation actuelle de la Chine en matière de négociations climatiques est difficile. Elle doit faire face à de nombreuses contraintes, imposées par la communauté internationale, tout en essayant de conserver une image positive sur la scène mondiale. C’est l’idée principale développée par Valérie Niquet, directrice du centre Asie à l’IFRI dans sa note sur « la Chine à la veille de Copenhague ».
A travers cette étude, l’auteur met en avant le fait que la Chine est face à un défi de taille : voir son rôle de grande puissance reconnu, tout en ayant le moins de contraintes possibles.
La Chine représente 15% de la demande énergétique mondiale depuis les années 90. Il y a donc eu, reconnaît l’auteur, un basculement des besoins énergétiques mondiaux.
En effet, la Chine consomme autant de charbon que les Etats-Unis, le Japon et l’Union Européenne réunis. D’ici à 2015, il est prévu d’augmenter la production de charbon de 30%, car ce dernier accompagne la croissance au niveau local. Les mines de charbon sont la source de revenus fiscaux. Or, le coût d’exploitation est élevé. Les autorités ont donc essayé de lancer des campagnes de contrôle ou de fermeture de ces mines, mais sans succès.
Depuis 2007, la Chine est le premier émetteur de gaz à effet de serre. Les progrès à réaliser en matière d’efficacité énergétique demeurent importants, puisque la Chine utilise 2,4 fois plus d’énergie que la moyenne mondiale par unité de PNB produite.
Comme le précise Valérie Niquet, toutes ces données s’inscrivent dans le concept de « sécurité énergétique ». Elle met d’ailleurs certains de ces éléments en valeur :
- pour les théoriciens de l’émergence de la Chine, les besoins croissants du pays en ressources énergétiques, entrainent une dépendance vis-à-vis du monde extérieur, et donc une certaine vulnérabilité
- certains groupes de travail estiment que la question énergétique est une question de « sécurité nationale »
- l’objectif du pouvoir est, quant à lui, de garantir un taux de croissance suffisant pour que la légitimité et la stabilité du régime soient garanties
- certaines analystes en Chine considèrent que l’importance accordée à la question du réchauffement climatique par les puissances Occidentales aurait pour but de contenir l’émergence de la puissance chinoise.
- enfin, les stratèges chinois estiment tout simplement que la sécurité énergétique possède une dimension classique de sécurité militaire. Selon cette analyse, l’augmentation et la raréfaction du coût des énergies ne peuvent qu’entrainer une rivalité entre les grandes puissances.

Par ailleurs, à l’occasion des Jeux Olympiques de Pékin, un débat public a éclos concernant le nombre de jours « environnementalement » acceptables. L’environnement est donc devenu une question de stabilité interne, car la question du réchauffement climatique et plsu largement de la pollution ont mis en évidence les effets néfastes sur la santé publique.
De même, au niveau international, l’auteur rappelle que la Chine est considérée comme une menace environnementale, ce qui inquiète ses voisins sud coréen et japonais et affecte ses relations avec la Russie.
La Chine, devrait corriger les déséquilibres provoqués par une croissance non maitrisée. C’est l’idée de « sécurité harmonieuse » défendue ici par l’auteur.
Au-delà de cette prise de conscience, il existe un débat sur le positionnement international de la Chine au regard des questions environnementales. Mais aujourd’hui, déplore Valérie Niquet, la voix des partisans pour le développement à tout prix, l’emporte au détriment de l’environnement.
Donc, pour certains, si la Chine se posait en leader lors du sommet de Copenhague, cela lui permettrait de se placer à la tête des grands pays émergents et d’améliorer son image de grande puissance.
Plusieurs solutions sont avancées pour atteindre ces objectifs et notamment : un système d’engagement différencié selon les provinces.
Or, les autorités restent frileuses, ce qui reflète, d’après l’auteur, un éclatement des centres de décisions et intérêts en matière environnementale.

Pourtant, beaucoup d’éléments freinent les évolutions en la matière comme le poids des lobbies et du localisme. Les questions environnementales sont l’objet de marchandages entre groupes d’intérêts, bureaux, ministères, etc. De même, au niveau local, la corruption, l’inefficacité des contrôles et les contraintes financières menacent les évolutions environnementales.
La mise en œuvre d’une réforme sur le prix de l’énergie apparaît donc difficile.

Malgré cette non prise en compte des enjeux et malgré les freins à cette évolution, Valérie Niquet met tout de même en avant quelques avancées :
- au niveau de la stratégie environnementale de la Chine : le président Hu Jintao a élevé la « civilisation écologique » au rang « d’élément essentiel d’une société socialiste aux couleurs de la Chine »
- la croissance des émissions de gaz à effet de serre a ralenti.
- le 11ème plan quinquennal prévoit une réduction de consommation énergétique par point de PIB de 20% en 2010.
- augmentation de la part des énergies renouvelables.
- les programmes d’équipements de chauffe eau solaires se sont multipliés.
- en 2009, la commission pour le développement et la réforme ont prévu de porter la part d’énergie renouvelable à 20% en 2020.
- au niveau législatif, 2 lois ont été adoptées sur les énergies renouvelables.
- l’accent est mis sur la recherche et le développement.

Cependant, comme le souligne l’auteur, la Chine garde une position officielle ferme et offensive vis-à-vis des pays Occidentaux. Les enjeux climatiques sont un élément de négociation dans un rapport de force global. Pour Pékin, la question du réchauffement climatique est stratégique et doit jouer un rôle bénéfique pour l’économie chinoise avec de nouveaux investissements étrangers. Mais la Chine refuse la mise en place de la taxe carbone, au nom de la liberté du commerce.
Lors du sommet du G8 à l’Aquila, la Chine a exigé une augmentation de l’effort financier des pays développés, ainsi qu’un accès plus facile aux transferts de technologie, en échange de progrès à Copenhague.
Même si la crise internationale a permis une forte baisse de la production industrielle au premier trimestre 2009 et donc une chute de la consommation d’énergie, Valérie Niquet reste tout de même sur sa réserve quant aux effets positifs de ce ralentissement sur la question environnementale. Ils pourraient en effet être compensés par les effets pervers d’une reprise à n’importe quel prix. L’objectif de la Chine est avant tout de relancer la machine pour éviter tout risque d’instabilité sociale ou politique, qui pourrait mettre en péril le succès du modèle Chinois.

En conclusion, la note ne remet pas en cause les ressorts du modèle chinois fondés sur les bas coûts et l’absence de normes. A Copenhague, l’auteur prévoit que la Chine sera divisée entre ses ambitions de puissance et ses contraintes nationales. La Chine essaiera donc d’exploiter la question environnementale pour renforcer son image de grande puissance sur la scène internationale tout en essayant de limiter les contraintes à son développement économique.

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