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Virginie Martin : « La France ne doit pas avoir peur de l’ouverture et de la différence »

17 juin 2012 par Marie-Cécile NAVES

Interview de la présidente de « Think tank different » (« Laboratoire politique »)

Propos recueillis par Marie-Cécile Naves

Comment l’idée de créer un think tank vous est-elle venue ?

Après avoir assisté au premier forum des think tanks, en 2010, j’ai éprouvé une certaine déception, une sorte de frustration. Tout le monde semblait ravi, sauf moi ! En effet, j’ai eu l’impression que les think tanks français formaient un « entre soi » et que, de ce fait, leurs idées étaient trop « classiques », qu’elles ne « bougeaient » par assez. Je me suis dit qu’on pouvait aller au-delà du conformisme intellectuel. Par la suite, dans le journal Marianne, j’ai lu un article qui disait, à propos du forum, « think tanks but not different », ce qui m’a confortée dans mon idée. Créer un nouveau think tank pour innover, être créatif, aller au-delà des solutions connues, tel fut alors notre ambition.

Il y a à peu près un an, une conjonction de facteurs, notamment des rencontres, nous a permis de concrétiser notre envie. « Think tank different » (« Laboratoire politique ») est né à l’automne 2011. En février dernier, nous avons organisé ce que j’appellerais un baptême, à Marseille. Pourquoi Marseille ? Pour penser à partir d’un point différent de Paris, qui est une ville très protégée, dans laquelle les enjeux sont beaucoup plus « doux » qu’ailleurs, que ce soit les questions de sécurité, les déserts médicaux, l’accès à la culture, la démographie (beaucoup de Parisiens sont des gens très diplômés et disposant de plus d’argent que la moyenne). Pour moi, c’est une ville oligarchique.

Marseille est très différente et permet en cela de mieux saisir la complexité de ce qui se passe en France aujourd’hui. Il y a des saillances : politiquement avec le Front National, sur le plan de l’urbanisme avec des déserts urbains et des lieux déconnectés du reste de la cité, la question des flux migratoires, etc. Nous avons trouvé intéressant de partir de ces saillances, de faire de Marseille un laboratoire comme d’autres l’ont fait dans les années 1930 avec l’École de Chicago, par exemple. Ce serait comme une « École de Marseille ». Mais on est quand même sur des problématiques nationales !

Pour ces raisons, on s’est appelé « think tank different », et l’on se qualifie aussi de « laboratoire politique ». Notre but est de contrer les positionnements hégémoniques. Sur l’extrême droite, par exemple, cela fait 15 ans que les gens, sur le terrain, nous disent que ce n’est pas un vote protestataire mais pérenne, or la plupart des experts font seulement aujourd’hui ce constat d’un vote d’adhésion…

Quelle est votre organisation ?

J’en suis la présidente. Je suis professeure-chercheure en sciences de gestion à Euromed management et j’ai une formation de science politique. Pierre Lénel, sociologue au CNRS, est vice-président en charge des études ; Raphaëlle Segond, enseignante en architecture, est vice-présidente en charge de la direction marseillaise ; Thomas Hollande, avocat, en est le secrétaire général et Bertrand Mas, médecin, le trésorier.

Ce qui nous rassemble, avec les experts qui interviennent au sein de notre think tank, c’est que nous nous efforçons tous d’être très ouverts sur le monde, une grande partie d’entre nous ayant notamment travaillé à l’étranger.

Quelles sont vos thématiques de travail ?

Nous avons 8 axes thématiques, et plus précisément 7+1. Le « +1 » regroupe les études de terrain, les expérimentations et la créativité. En effet, on n’a pas voulu exclure de nos travaux une approche plus sensorielle et émotionnelle. C’est pourquoi nous donnons la parole à des artistes. Comment tirer une expérience de l’émotionnel ? Des photos, des textes littéraires, etc. permettent aussi de prendre le pouls d’un territoire, d’une ville. Nous souhaitions participer au débat politico-médiatique sur un plan autre que seulement rationnel et intellectuel.

Les 7 autres thématiques sont ce qu’on a appelé la « diversalité » (qui regroupe la diversité et l’universalité) ; l’économie (nous abordons différents courants idéologiques) ; la santé et le bien-être ; l’éducation, la culture et l’entertainment ; les études politiques et géopolitiques ; l’environnement et la prospective ; et enfin les échanges urbains.

Par ailleurs, plutôt que d’avoir une antenne à l’étranger, nous préférons compter, dans notre réseau, des experts étrangers. Nous publions d’ailleurs en anglais et en français.

Quelle(s) forme(s) prennent vos publications ?

Pour l’instant, nous publions exclusivement sur notre site, et rédigeons occasionnellement des chroniques dans la presse. Notre première conférence se tiendra le 28 juin prochain à Marseille ; elle portera sur le FN.

Nous souhaitons être intellectuellement indépendants. Notre ADN est celui d’un chercheur.

Sur quel(s) terrain(s) envisagez-vous d’influencer les politiques publiques ?

Notre diagnostic est que la France « joue » trop à l’intérieur de ses frontières, n’est pas assez offensive dans la mondialisation. C’est un pays qui « se crispe » à plusieurs égards. Selon nous, elle ne prend pas suffisamment en compte la différence, au sens large du terme, à l’intérieur comme à l’extérieur. C’est pour cela que notre pays est en train de manquer un sens de l’histoire. C’est en particulier sur ce terrain que nous souhaitons nous exprimer. Nous espérons y parvenir.

Site Internet de « Think tank different » : http://www.thinktankdifferent.com/fr/

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