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Philippe Leduc : « Il faut dépasser les lobbies, les corporatismes, et s’intéresser au parcours de soins pour avoir une vision transversale du système de santé ».

2 de junio de 2012 por Anton CAMP

Entretien avec le Dr. Philippe Leduc, Directeur du think tank Économie Santé.

Propos recueillis par Anton Camp.

Quand et comment a été créé le think tank Économie Santé ?

Il a vu le jour il y a un peu plus d’un an, au début de l’année 2011. Avec le groupe Les Echos, on avait créé le Forum Economie Santé au moment du plan Juppé [novembre 1995, ndlr]. Depuis, on travaille sur cette thématique d’« économie santé » [optimisation et amélioration de l’efficience du système de santé, ndlr] et plusieurs conférences se tiennent annuellement : sur l’assurance santé, la dépendance, l’hôpital, l’industrie pharmaceutique. Dans le cadre des Echos Conférence, on s’est dit que ce serait bien de créer un groupe de réflexion pour approfondir encore cette thématique à une période intéressante : la fin d’un quinquennat.

Avez-vous fait appel à des partenaires ?

Tout d’abord, on s’est demandé : qu’est-ce-que c’est qu’un think tank ? C’est avant tout un groupe de réflexion indépendant, qui travaille pour l’intérêt général - lequel ne se réduit pas à la somme des intérêts particuliers -, qui fait des travaux de recherche, et qui produit quelque chose. On a essayé de voir si des personnalités du monde de la santé souhaitaient participer au comité de pilotage et si des partenaires étaient prêts à nous financer.

À partir de là, c’est allé très vite, car je connais le monde de la santé depuis 20 ans : j’ai proposé à 5 partenaires d’y participer et ils ont tout de suite accepté. Il y a les complémentaires (Malakoff-Médéric), un spécialiste des NTIC (Orange), des laboratoires (Sanofi et le LIR) et puis KPMG. Donc c’est suffisamment diversifié pour ne pas être le porte-parole d’un lobby. Il y aura peut-être d’autres partenaires car plus il y en aura, plus nous serons indépendants.

Beaucoup de lobbies se qualifient de think tanks. Or nous ne sommes pas un lobby : notre objectif, c’est l’amélioration du système de santé en nous appuyant sur la responsabilisation et l’implication des acteurs eux-mêmes. Dans le secteur de la santé, il y a beaucoup de lobbies, de corporatismes qui disent chacun « c’est la faute des autres ». Il faut dépasser les lobbies, les corporatismes, et s’intéresser au parcours de soins, avoir une vision transversale du système de santé, en particulier dans ce contexte de croissance des maladies chroniques.


Quelle est la particularité de votre démarche ?

Elle est originale dans le sens où il y a peu d’organismes de réflexion comparable, c’est-à-dire focalisés sur une chose : l’« économie santé ». On s’appuie sur une expérience de 15 à 20 ans avec Les Echos Conférence. On est parvenu à réunir une vingtaine de personnalités talentueuses du monde de la santé qui font notre expertise.

À la fin de chacune des recommandations que nous avons formulées dans notre rapport 2012, on a précisé : « Les recommandations du think tank Économie Santé représentent le fruit du travail du groupe et n’engagent pas individuellement chacun des membres ». On ne voulait pas d’un « consensus mou », on souhaitait dire les choses clairement et montrer que ce qui manquait, c’était une vision globale et partagée, et une mise en œuvre.

À l’heure actuelle, on colmate le système, et l’on perd un peu de vue la finalité. Sur le financement, la pertinence des soins, la qualité, l’organisation de la médecine de ville en lien avec l’hôpital, il faut toujours se référer à une chose : quel est l’objectif ? Peut-il être partagé ? Comment gère-t-on le changement pour atteindre cet objectif ? Le nouveau pouvoir aura 5 ans pour faire quelque chose.

Quelles démarches avez-vous entreprises pour faire connaître votre diagnostic et vos propositions ?

Une des caractéristiques de notre think tank, c’est qu’il a des moyens de communication importants. On a créé un blog, et les recommandations ont été mises en ligne sur le site Le Cercle Les Echos. En outre, un grand nombre de personnes assistent à nos conférences. Disposant de leurs coordonnées et connaissant leur intérêt pour la santé, nous leur avons adressé nos recommandations.

L’important était de diffuser le plus largement possible nos conclusions. Naturellement, au cours du premier semestre, on les a transmises au gouvernement précédent, aux parlementaires intéressés par les questions de santé, et aux équipes de campagne. Désormais, j’ai le sentiment que le think tank est connu. La mission d’évaluation et de contrôle de la sécurité sociale du Sénat m’a auditionné récemment [le 11 avril], en tant que directeur du think tank, sur le financement des établissements de santé.

Dès le départ, notre souhait a été de réfléchir, de produire et de diffuser largement. Si ce think tank a marché, c’est que la vingtaine de personnalités qui participent y ont vu un intérêt : la transversalité, la possibilité de discuter à bâtons rompus, sans tabous, ont plu. L’originalité de la démarche fait que tout le monde souhaite continuer.

Comment avez-vous organisé vos travaux ?

Une fois par mois, depuis 2011, le comité de pilotage s’est réuni. Tous ses membres ou presque ont participé à chacune des réunions. Lors de la première réunion, on a établi l’ordre du jour pour les mois suivants, autour de 5 thématiques, sur lesquelles ont porté les 5 grandes recommandations du rapport : 1) financement, 2) professionnels de santé, 3) hôpital, 4) maladies chroniques, 5) prévention.

On a essayé, au cours de réunions de deux heures, de travailler sur ces thématiques. Ensuite, il y avait un travail d’écriture et de documentation. Mais ce qu’il faut comprendre, c’est que l’essentiel de la matière est sortie de ces réunions. Cela a bien fonctionné, il s’est créé une dynamique de groupe. Chacun a apporté sa contribution, même si, sur certains thèmes, comme les affections de longue durée (ALD) et le remboursement à 100%, on a eu plus de mal. L’étape suivante consistait pour moi à mettre le fruit du travail collectif sous forme de recommandations sur le blog, pour que des visiteurs extérieurs puissent donner leur avis. Il y a eu beaucoup de consultations, mais, c’est vrai, relativement peu de contributions extérieures au groupe.

Que pensez-vous de la prise en compte de la thématique de la santé dans le cadre de la campagne présidentielle ?

On est forcément déçu quand on est impliqué dans ce secteur qui est très important pour les Français. Manifestement les deux principaux candidats ne voulaient pas trop fâcher les uns et les autres. Ils ont été très prudents.

Quels sont vos projets pour le think tank Économie Santé ?

Pour cette première année, on a fait une sorte d’état des lieux. Sur le financement, on a dit qu’il fallait un vrai débat sur la place respective de la solidarité et de la responsabilité et qu’il fallait le faire savoir, car c’est structurant pour le système. Quel est le rôle des complémentaires santé ? Sur la médecine libérale, on voit bien qu’il y a des améliorations à faire, tant au niveau du parcours de soins que de la qualité et de la pertinence des actes.

Quant à l’hôpital, comment anticiper les mutations stratégiques, l’organisation pré-hôpital et post-hôpital ? On a abordé le problème fondamental des ALD, qui recoupe les précédents thèmes. Il faut distinguer le financier du sanitaire, et ensuite, s’intéresser au reste à charge. Il faut une vision médicale de la prise en charge des pathologies chroniques et une autre vision, sur le reste à charge (qui n’est pas limité à la question des ALD). Et puis la prévention.

Désormais, pour continuer, il est nécessaire d’avoir un fonctionnement différent, avec peut-être plus d’invités, plus d’expertise, d’avoir un travail plus ponctuel, une méthode différente. Peut-être travailler sur des scénarii. Tout cela n’est pas encore décidé, une réunion de bilan se tiendra en juin et on en discutera. On ne va pas forcément rester sur ces 5 thèmes. Beaucoup de travaux sont faits par la Cour des comptes, le Parlement, la CNAMTS, l’IRDES et notre objectif, c’est d’avancer avec tout ce qu’on sait, en impliquant les professionnels. Beaucoup de propositions sont élaborées mais souvent par des groupes professionnels, les fédérations hospitalières, les complémentaires. Si ce n’est les candidats, dont les propositions, il faut bien le dire, étaient succinctes, qui travaille pour l’intérêt général ?

Les solutions sont-elles sur la table ? Finalement, ne resterait-il plus qu’à les mettre en œuvre ?

On sent bien que les candidats ne voulaient fâcher personne. Nicolas Sarkozy souhaitait se réconcilier avec les médecins et les pharmaciens ; quant à François Hollande, il ne voulait pas contrarier le public et les mutuelles santé. L’élection, c’est une chose, mais après, il faudra bien « mettre les mains dans le cambouis ». La difficulté, c’est qu’il y a de tels déficits publics que l’attention risque d’être détournée de l’amélioration du système de santé. Il faut faire des économies, mais des économies intelligentes.

On verra s’il y a une volonté réelle de faire une réforme du système de santé à laquelle les professionnels adhèrent. C’est toute la difficulté car, si l’on n’y parvient pas, il peut y avoir rapidement des blocages. On ne peut pas seulement parler des déserts médicaux et des dépassements d’honoraires. C’est pour cela qu’il faut avoir une vision globale et partagée. La réforme, il faut la faire en début de quinquennat. On espère qu’il y aura une vraie volonté d’amélioration du système de santé, malgré les multiples sujets auxquels le Président sera confronté.

Site Internet d’Economie Santé : http://www.lesechos-conferences.fr/co/catalogue/conferences/sante/think-tank-economie-sante.html

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