Observatoire européen des think tanks Think tanks and civil society : because ideas matter

Portada del sitio > Think tanks > Generalidad > Le "crowdfunding", une solution d’avenir pour les think tanks (...)

Le "crowdfunding", une solution d’avenir pour les think tanks ?

7 de noviembre de 2013 por Nicolas GOUILLART

Les entreprises financent la plus grande partie des budgets des think tanks. Mais le crowdfunding (financement par les dons de particuliers) est aussi largement utilisé par les think tanks. Nous avons rencontré Agathe Cagé, président de Cartes sur Table. Ce think tank (crée en 2012) a notamment la particularité d’être financé majoritairement par des citoyens.

Nicolas Gouillart : Pourquoi le crowdfunding comme source majoritaire de financement ? Est-ce suffisant pour couvrir vos besoins et activités ?

Agathe Cagé : Chez Cartes sur Table, nous avons opté pour un double positionnement : notre structure, volontairement légère, est basée d’une part sur le bénévolat, d’autre part sur les réseaux (humains ou numériques). L’objectif de cette double démarche est d’associer à notre think tank un maximum de monde, aussi bien à Paris qu’en province : ceci correspond à notre vision, la plus ouverte possible, c’est-à-dire donner la possibilité à ceux qui le souhaitent de contribuer à notre think tank.
Les conséquences au niveau de la gestion sont multiples. En termes de ressources humaines, nous n’avons pas de membres permanents à gérer. Sur le plan financier, notre budget est modeste : nous prévoyons pour 2013 un budget inférieur à 5000 €. De ce fait, nous adaptons nos activités (publications, conférences…) à nos moyens : nous utilisons beaucoup internet, et moins de publications papier. Internet nous est particulièrement utile !
En fin de compte, ce modèle nous apporte beaucoup de liberté.

Quels sont les moyens que vous déployez pour démarcher vos donateurs potentiels ?

Agathe Cagé: Nous démarchons à travers deux axes : nos conférences et les partenariats. Nous évitons de faire des sollicitations sur notre site internet, car nous voyons celui-ci avant tout comme un support de production d’idées et un lieu de débats.
Par contre, lorsque nous organisons des conférences, nous sollicitons notre public, toujours en expliquant dans quelle perspective. Nous essayons d’être pédagogiques : nous demandons environ 20-30 €, en indiquant comment sera dépensé cet argent. Nous ne demandons jamais d’argent sans but.
L’autre moyen, les partenariats, avec les entreprises ou des collectivités. Le plus souvent, c’est un partenariat "one shot", où l’on nous fait un don unique de plusieurs centaines d’euros.

Quel est le profil des cibles pour le crowdfunding de votre think tank ?

Agathe Cagé :
Au niveau du grand public, il s’agit de citoyens qui manifestent de l’intérêt pour les idées politiques en assistant à nos conférences. Nous les rencontrons régulièrement : par exemple, en 2013 nous prévoyons trois conférences.
Au niveau des entreprises, c’est plus complexe. Nous ne demandons pas de financement politique (nous sommes clairement marqués à gauche) des entreprises : nous acceptons tout le monde pour nous financer, mais à une condition. Nous demandons aux entreprises qui nous financent de ne pas intervenir dans nos travaux, afin que nous gardions notre liberté de production intellectuelle. Clairement, nous ne sommes pas des lobbies, et encore moins à leur service !

Quels sont les problèmes que vous rencontrez le plus souvent lors de vos démarches de sollicitations ?

Agathe Cagé : Nous en rencontrons trois. Le premier est que nous sommes marqués à gauche : si cela n’embarrasse pas la plupart des citoyens-donateurs ; certaines entreprises veulent rester neutres politiquement et donc refusent de nous financer. En tous cas, nous acceptons toutes les entreprises, à condition de garder notre liberté !
Le deuxième problème est que nous percevons l’impact de la crise budgétaire, aussi bien au niveau des citoyens que des professionnels. La crise fait que les citoyens et les entreprises sont moins prompts à nous faire des dons. Toutefois, l’aide n’est pas toujours financière : par exemple, des entreprises peuvent nous prêter une salle de conférence, plutôt que donner de l’argent.
Troisièmement, l’inconvénient du crowdfunding est que nous ne pouvons guère anticiper nos moyens : clairement, nous naviguons à vue lorsque nous souhaitons organiser quelque chose. Concrètement, nous finançons un événement juste 3 mois avant ! Mais ceci est aussi lié au fait que nous sommes une structure récente, créée en 2012 : plus de visibilité médiatique réduira ce problème.

Votre modèle pourrait-il fonctionner pour d’autres think tanks ? Est-ce que vous pensez que d’autres think tank vous imiteront ?

Agathe Cagé : Notre modèle est intéressant pour des petites structures. Nous discutons avec des think tanks plus importants, et ils rencontrent de nombreux problèmes pour le financement : avec la crise, le mécénat et la réserve parlementaire ont diminué. Leur budget est certes important, mais ils ont de nombreuses dépenses lourdes et fixes : l’immobilier, les salaires des membres permanents…
Alors que nous avons beaucoup plus de souplesse. Nous arrivons à jouer avec notre liberté, malgré des contraintes : cette liberté est la garantie de notre maintien. Ceci est grandement possible grâce aux évolutions technologiques (internet) : beaucoup de think tanks ont compris l’importance du numérique.

Seguir la vida del sitioCartes sur Table

Copyright Observatoire des think tanks - Powered by SPIP, Feat.B_HRO - Terms of use