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Frédéric Monlouis-Félicité : "les politiques ont besoin des think-tanks"

Interview du délégué général de l’Institut de l’entreprise

14 de septiembre de 2014

Retour sur une interview réalisée par l’Observatoire des think tanks et publiée dans le magazine Veille mag, Frédéric Monlouis-Félicité y présentait les spécificités de l’Institut de l’entreprise.

Observatoire des think tanks : L’Institut de l’entreprise a été fondé en 1975. Quelle était sa vocation originelle et qu’en reste-t-il aujourd’hui ?

Frédéric Monlouis-Félicité : A l’époque, le mot think-tank n’existe pas. L’objectif est alors de créer un véritable espace de réflexion pour les dirigeants des grandes entreprises françaises. Il s’agit en fait d’un club où ils peuvent échanger librement et sans contrainte de représentation vis-à-vis des instances gouvernementales ou syndicales. L’objet de la réflexion, c’est l’entreprise en tant qu’acteur économique, social et sociétal. Cette dimension de club existe toujours : les entreprises adhérentes sont toutes représentées par leur président ou directeur général. Sur le plan de la production d’idées nouvelles, nous avons élargi et modernisé nos moyens mais nous restons fidèles à notre vocation.

Observatoire des think tanks : L’Institut de l’entreprise est aujourd’hui un think-tank. Vos travaux et propositions sont publiés et vos prises de positions médiatisées. Cette dimension publique n’était pourtant pas dans votre ADN...

Frédéric Monlouis-Félicité : Les choses ont évolué peu à peu. Nous sommes passés de la réflexion à la publication, d’abord pour figer les conclusions de nos débats. A partir du milieu des années 80, nous avons cherché à toucher des leaders d’opinion extérieurs au monde de l’entreprise. Nous continuons aujourd’hui d’élargir notre audience, pour nous adresser à ce que j’appellerai l’opinion publique éclairée. Il y a un risque inhérent à cette démarche : celui d’apparaître comme politisé, récupéré, ou encore d’être confondu avec un lobby. Nous prenons donc garde à ne pas faire de commentaire intempestif dans les médias et à ne nous exprimer que sur nos sujets d’expertise : la compétitivité, le dialogue social, les finances publiques, le management et le marché du travail. Par ailleurs, nous ne rédigeons pas de note ou de mémos pour les états-majors des partis politiques. Enfin et surtout, nous prenons la parole pour apporter des idées neuves.

Observatoire des think tanks : Outre cette activité de think tank, l’Institut de l’entreprise organise des rencontres et des programmes de formation. En quoi cela prolonge-t-il votre mission ?

Frédéric Monlouis-Félicité : Élaborer des idées novatrices est notre première vocation. J’en vois deux autres. L’une est la transformation des pratiques à l’intérieur de l’entreprise. Nous y contribuons à travers l’organisation de conférences, de colloques et d’échanges entre dirigeants, dans une démarche qui relève du "mentoring" collectif. Nous souhaitons en outre créer une passerelle entre la société et l’entreprise. Deux programmes jouent ici un rôle majeur. D’une part, l’Institut des hautes études de l’entreprise (IHEE) qui s’adresse à des profils de hauts potentiels: cadres dirigeants du privé, hauts fonctionnaires, élus, syndicalistes, journalistes, officiers, magistrats, etc. Nous sélectionnons les participants et organisons avec eux, durant 25 jours répartis sur un an, des rencontres avec des chefs d’entreprise, en France et à l’étranger. L’objectif est de les sensibiliser à la réalité du monde de l’entreprise et de ses contraintes. A titre d’exemple, trois ministres en exercice sont passés par l’IHEE, de même que l’actuel leader de la CFDT. Le programme « enseignants-entreprises » relève du même esprit mais s’adresse aux professeurs de sciences économiques et sociales de l’enseignement secondaire. Nous leur proposons, en partenariat avec l’Education nationale, des stages en entreprise ainsi que des conférences avec des dirigeants d’entreprise.

Observatoire des think tanks : Avez-vous le sentiment que les think-tanks ont trouvé leur place dans la sphère politique en France ?

Frédéric Monlouis-Félicité : Je perçois en tout cas des signes de maturation. Il y a un foisonnement et la concurrence est stimulante. Sur les questions d’entreprise, par exemple, nous ne sommes plus seuls à nous exprimer. Certes, les contributions financières apportées aux think-tanks, par les entreprises ou le mécénat, restent modestes, par rapport aux Etats-Unis ou même à l’Allemagne. Mais, avec peu de moyens, les think-tanks parviennent tout de même à nourrir le débat public. Enfin, je reste convaincu que les politiques ont besoin des think-tanks. L’expérience des dernières années démontre le peu d’idées neuves que les partis sont réellement capables d’apporter. Ce sont d’abord des machines à conquérir le pouvoir et leurs initiatives internes, notamment les « laboratoires d’idées », ont été peu fructueuses.

Observatoire des think tanks : Pourriez-vous citer deux idées fortes qui ont nourri le débat ces dernières années et dont vous revendiqueriez la paternité ?

Frédéric Monlouis-Félicité : Nous avons été les premiers à réaliser une évaluation économique chiffrée du coût des programmes des candidats à l’élection présidentielle en 2007. Dans la campagne présidentielle de 2012, d’autres think-tanks nous ont suivis et finalement les états-majors des partis ont pris cela en compte. L’idée du choc de compétitivité vient aussi de nous. Nous avions fait dès 2010 un constat de déconnexion entre dirigeants du privée et haut fonctionnaires et mené de nombreux entretiens. Il nous est apparu que le thème de la compétitivité devait constituer un sujet de convergence pour ces deux sphères.

Pour preuve, notre étude « pour un choc de compétitivité » est parue en janvier 2012. L’expression a ensuite été reprise dans le rapport sur la compétitivité de Louis Gallois, que nous avions d’ailleurs interrogé dans le cadre de nos travaux. Et un certain nombre de propositions ont été entérinées par la suite...

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