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Le sport, acteur du soft power espagnol

13 octobre 2012 par Olivier URRUTIA

Si l’Espagne est plongée depuis maintenant cinq ans dans une crise économique majeure, en revanche, son potentiel économique, en termes de ressources, reste énorme. Dans ce contexte, le soft power constitue un atout stratégique dans les possibilités de sortie de crise et de relance d’une économie espagnole exsangue.

Le tourisme et le sport, deux secteurs aux corrélations étroites en Espagne, sont des réalités du pouvoir d’attraction de l’Espagne au niveau international. Le tourisme est, d’une manière générale et déjà sous le régime franquiste, un moteur économique incontournable en Espagne. Le sport, depuis l’organisation des Jeux Olympiques de Barcelone en 1992, est devenu un autre pilier de l’économie espagnole et le parangon de la planification et de la gestion par l’Etat du secteur du sport. En effet, l’Espagne est l’un des trois premiers pays du monde en termes de fréquentation touristique (France et Etats-Unis complètent le podium) et les stades du Real Madrid et du FC Barcelone parmi les sites les plus visités. Les Rafael Nadal, Pau Gasol, Fernando Alonso, Jorge Lorenzo, Alberto Contador, la Roja, la NBA et enfin le Real Madrid et le FC Barcelone sont les hérauts, entre autres, d’un sport espagnol dont l’essor a connu ces dernières années une ampleur sans précédent pour une nation de cette dimension. Et, à travers tous ces héros, c’est bien l’Espagne qui se voit promue partout dans le monde. Le modèle économique espagnol est aujourd’hui porté au pilori, voué aux gémonies, quand son modèle sportif est considéré comme un modèle de réussite. L’Espagne est plus forte de son sport qui sait unir derrière ses étendards toute une nation et porter dans les recoins les plus reculés du monde la marque Espagne. L’Institut Choiseul et le Real Madrid club de football ont souhaité s’associer à l’ occasion du projet « Marca España » et préciser les liens effectifs entre le sport et l’économie espagnole.

La « marque Espagne » initiative de l’Institut Choiseul et du Real Madrid

Le 26 juillet 2012, la zone d’honneur du stade Santiago Bernabeu, propriété du Real Madrid club de football, a accueilli une conférence consacrée à « La marque Espagne et le sport » organisée conjointement par l’Instituto Choiseul, do tank homologue de l’Institut Choiseul français présidé par Pascal Lorot, la Chaire de Géoéconomie de l’Université de San Pablo CEU et le Real Madrid. C’est dans ce cadre que l’Instituto Choiseul a présenté sa dernière revue consacrée à l’industrie du sport comme atout pour l’Espagne.

C’est Emilio Butragueño, directeur des relations institutionnelles du Real Madrid et ancienne gloire du club qui a inauguré un événement qui a vu les interventions de Eduardo Olier, Président de l’Instituto Choiseul Espagne, Jaime Garcia-Legaz, secrétaire d’Etat au Commerce, Luis Perez Castilla, Directeur de Atos Espagne et Julio Lage, Vice président de l’Instituto Choiseul Espagne et Président de la Fondation innovation Espagne. Enfin, Jose Manuel Garcia-Margallo, Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération est venu conclure avec un discours prospectif volontaire et optimiste sur l’économie espagnole. Le succès de l’événement a mis en exergue l’intérêt des décideurs politiques, économiques et du monde du sport. Les présences de l’Ambassadeur de France, Bruno Delaye et de la Présidente de Siemens Espagne, Rosa Garcia, en sont le parfait exemple.

En 1990, Joseph S. Nye énonce dans Bound to Lead les principes du soft power, devenu le leitmotiv d’un monde globalisé dans lequel l’attractivité, le pouvoir de séduction, d’un pays et de son modèle culturel sont devenus des armes politiques et économiques de premier plan.
Le retentissement médiatique conséquent tient largement autant au prestige des organisateurs et des intervenants, qu’à un sujet véritablement innovant dans le paysage politique et économique espagnol. Les enjeux géoéconomiques liés à l’industrie du sport et le rôle de l’Etat stratège sont des concepts novateurs en Espagne et des réponses atypiques à la crise.

Le Président de l’Instituto Choiseul, Eduardo Olier, a d’abord présenté dans un souci de pédagogie, l’activité principale de son organisation, la géoéconomie qui associe l’analyse économique aux contraintes géopolitiques. Son objectif principal est de provoquer un effet d’impulsion des secteurs stratégiques en Espagne dans un contexte d’économie globale et de concurrence internationale exacerbée toujours plus complexe. En conséquence, l’Instituto Choiseul a lancé un vaste travail d’analyse et de réflexion sur l’activité économique soutenue de l’industrie du sport espagnol en lien avec le secteur du tourisme espagnol. Cette conférence et le dernier numéro de la revue Géoéconomie en sont les signes forts.

Le sport espagnol comme élément de soft power

En écho, Jaime Garcia-Legaz, secrétaire d’Etat au commerce, affirme que l’Espagne possède en la matière un avantage comparatif évident sur les autres nations et un énorme potentiel économique à court et long terme. Ainsi, l’Espagne pourrait atteindre très prochainement un excédent commercial équivalent à celui de l’Allemagne. Le secrétaire d’Etat a mis en avant la croissance soutenue des exportations et, en particulier pour l’industrie du sport, cité le chiffre de 600 millions d’euros des ventes extérieures du matériau « sport » et des activités liées à ce secteur. Selon lui, il est important que les entreprises adoptent des modèles, comme celui du football, de concurrence directe dans leur structure même. « Si le modèle du football a réussi c’est parce qu’il ne reçoit pas de subventions, peut recruter les meilleurs, les joueurs rentables continuent et sinon ils sont renvoyés. De même, lorsqu’ils obtiennent des titres ils reçoivent une prime et dans le cas contraire ne reçoivent rien » a ajouté Jaime Garcia-Legaz.

De leur côté, Luis Perez Castilla et Julio Lage ont souligné la contribution conséquente des multinationales espagnoles et étrangères domiciliées sur le territoire espagnol, à la marque Espagne, a travers leur rôle d’ambassadrices de la culture et des valeurs espagnoles notamment grâce à un savoir faire, technique et technologique, d’excellence.

L’Espagne et l’Etat stratège

Le Ministre des Affaires Etrangères, Jose Manuel Garcia-Margallo, a, quant à lui, exposé le plan phare de son Ministère : le développement de la « Marque Espagne ». Sa stratégie repose sur l’amélioration de l’image de l’Espagne à destination de ceux qui intègrent le territoire, ainsi les touristes, les travailleurs et les investisseurs par exemple, afin de renforcer l’épargne et l’investissement. En parallèle, il s’agit de redynamiser l’image extérieure de l’Espagne en renforçant les exportations. En congruence avec ce double objectif, il est fondamental de mobiliser tous les secteurs du pays, dont l’industrie du sport, afin de compenser une représentation de l’Espagne largement détériorée ces derniers temps par la crise. Tout le monde doit collaborer et le sport en particulier, qui est un élément clé du dispositif de renforcement de la marque Espagne. « Quand j’étais enfant, les succès sportifs espagnols étaient sporadiques mais maintenant que nous gagnons régulièrement dans tous les sports, l’Espagne est (re)-connue partout grâce au sport, sans besoin de communiquer ou de donner d’explication. Et c’est de cela dont nous devons profiter » a clamé le ministre. L’appel à l’effort national dans le cadre d’un grand élan patriotique adressé aux entreprises et indirectement à tous les Espagnols, est sans équivoque. Le gouvernement espagnol a enfin décidé le déploiement de sa stratégie de soft power en identifiant ses secteurs forts et en dotant l’Etat d’une vision politique de puissance.

Retrouvez l’intégralité du rapport publié par le think tank Instituto Choiseul :

PRESENTACIÓN GEOECONOMÍA "LA INDUSTRIA DEL DEPORTE"

Blog d’Eduardo Olier, Président de l’Instituto Choiseul à Madrid

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