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« Favoriser l’émergence d’une identité européenne grâce au sport : réalité ou utopie ? »

19 février 2012 par OTT

Retrouvez le compte-rendu du dernier débat organisé par le think tank européen Sport et Citoyenneté (en partenariat avec la Fondation Hippocrène), auquel l’Observatoire français des think tanks a participé

I. Contexte

Alors que les peuples d’Europe s’interrogent sur leur avenir, sur ce qui les divise plus que sur ce qui les rapproche, il convient de réinventer l’Europe. Le sport peut-il s’inscrire dans ce mouvement ? Activité polymorphe, à la fois économique (vecteur d’emplois, de développement des territoires, etc.) et sociale (bénévolat, programmes éducatifs, etc.), le sport recouvre désormais une dimension sociétale, en s’intégrant dans des politiques publiques aussi diverses que celles relatives à la santé et au bien-être ; à l’éducation et à l’inclusion sociale ; au développement durable ou encore aux relations diplomatiques et internationales.

Le sport est aussi l’activité préférée des citoyens européens. En tant que spectacle mais aussi en tant que pratique (40% des européens font du sport au moins une fois par semaine selon les chiffres de l’Eurobaromètre de mars 2010). On dénombre 700 000 associations sportives au sein de l’Union et 35 millions de bénévoles participent chaque jour à son bon fonctionnement.

En décidant d’intégrer le sport dans le prochain programme « Erasmus for all » aux côtés de l’éducation, de la formation et de la jeunesse, la Commission a lancé un signal fort. En le dotant d’un budget de 238 millions d’Euros sur sept ans, elle en fait clairement un vecteur pertinent pour atteindre ses objectifs. Mais comment le sport peut-il participer à l’émergence d’une identité européenne ? Quels mécanismes privilégier, quels angles poursuivre ?

II. Compte-rendu

 Un constat partagé : l’identité européenne ne se décrète pas

Selon une enquête Eurobaromètre datant de 2009, les Européens se sentent davantage attachés à leur pays (92%), à leur région (88%) ou à leur ville (87%) qu’à l’Europe. La construction européenne souffre donc encore pour une majorité de citoyens d’un déficit de sens. Le faible taux de participation aux dernières élections européennes semble en être l’illustration.

Comme le rappelle le cinéaste allemand Wim Wenders, « il n’y aura pas d’entité européenne, pas de lien réel, tant que nous ne parviendrons pas à donner à voir nos propres mythes, nos sentiments, notre histoire. » L’émergence d’un sentiment européen passerait donc par l’apprentissage d’une culture commune.

Il semble qu’un fossé a trop souvent été creusé entre identité européenne et identité nationale, considérées comme étant exclusives l’une de l’autre. Or, une identité peut être multiple. Ressentir un sentiment d’appartenance à l’Europe n’implique pas pour autant abandonner ou aliéner son identité nationale. Il est nécessaire que la société civile et les médias fassent preuve de pédagogie pour expliquer cette situation.

Il n’empêche que le sentiment européen semble aujourd’hui en crise. Les soubresauts économiques, financiers et sociaux que traverse l’Europe, le repli des Etats membres sur eux-mêmes et la montée des nationalismes ont démontré l’incapacité du projet politique à créer et stimuler la solidarité et la citoyenneté européenne. Le sport saurait-il être ce chaînon manquant ?

 Le sport, un moyen de rapprocher l’Europe de ses citoyens

L’Union européenne doit être plus présente dans la vie quotidienne des citoyens, plus visible, plus audible. Cela passe notamment par une plus grande affirmation de ses symboles. L’Europe a la chance de posséder un drapeau, un hymne reconnus par toutes ses institutions (l’Union européenne comme le Conseil de l’Europe) et appréciés par l’ensemble des populations.

Le domaine par excellence où ces symboles prennent toute leur signification a bien sûr trait au sport. Bien que certaines compétitions sportives puissent exacerber le sentiment patriotique, force est de constater que le sport est une activité qui réunit les Européens, bien plus qu’elle ne les divise. Le sport constitue aussi un formidable outil de transmission des compétences et un vecteur important d’inclusion sociale. Il a donc le potentiel pour transcender les espaces publics nationaux et créer un véritable sentiment européen.

Les deux grandes dimensions du sport (sport de masse et sport de haut niveau) pourraient ainsi être stimulées pour favoriser ce sentiment européen.

Au niveau du sport de masse, l’exemple à suivre est celui de la culture, qui a le mérite d’être rarement compétitive. L’ouverture des frontières a permis aux artistes de se déplacer et d’initier des travaux en commun dans le cadre de programmes financés par l’Union européenne. A ce titre, des programmes d’échanges culturels autour du sport pourraient être mis en place entre Etats membres sous l’égide de l’Union. Les jumelages ou encore les échanges européens de type « Erasmus » pourraient ainsi être étendus aux éducateurs sportifs ou aux entraîneurs.

Le sport de masse constitue également un terrain privilégié pour appréhender la dimension sociétale du sport. Des messages portant sur la santé, l’éducation ou encore le développement durable pourraient ainsi trouver un prolongement efficace par le biais de programmes et d’actions autour des activités physiques et sportives.

Le sport de haut niveau semble être quant à lui le théâtre privilégié pour favoriser l’appropriation des symboles européens. Différentes initiatives ont déjà vu le jour (comptabilisation des médailles olympiques à l’échelle du continent, hymne européen à l’occasion de la fête de l’Europe, etc.). Mais des opérations plus pérennes mettant en scène les Européens en tant quels pourraient davantage encourager le sentiment européen, que ce soit à travers l’instauration d’équipes européennes d’exhibition ou de gala (sur le modèle des « Lions britanniques ») ou bien par la création de distinctions ou de récompenses (par exemple par le biais de médailles du mérite européen).

De même,l’Europe pourrait s’appuyer sur le potentiel offert par l’accueil des méga événements sportifs (Coupe du Monde, Jeux Olympiques, etc.) pour insuffler une dynamique populaire autour d’une candidature véritablement européenne (construite et valorisée comme telle).

La mise en avant de sportifs modèles représentants l’Europe dans toute sa diversité, et réunis par des valeurs communes est également une piste à privilégier.

III. Propositions

Sur la base des échanges entre les participants, plusieurs propositions peuvent être formulées pour favoriser l’émergence de l’identité européenne grâce au sport :

 Instauration d’équipes européennes d’exhibition ou de gala.

 Instauration de l’hymne européen lors de manifestations sportives, en complément des hymnes nationaux.

 Ajout d’un drapeau européen sur les maillots des équipes et des athlètes nationaux.

 Création de distinctions et de récompenses à l’échelle européenne : médaille du mérite sportif européen ; tradition du Scudetto (bout d’étoffe brodé sur la tenue ou le maillot, qu’arborerait pendant un an le Champion d’Europe en titre).

 Identification et mise en avant de sportifs modèles européens, représentant l’Europe dans toute sa diversité, et réunis par des valeurs communes.

 Identification et valorisation de bonnes pratique européennes favorisant l’identité européenne par le sport.

 Développement de jumelages sportifs.

 Remise d’une licence sportive à tous les étudiants en échange, dans le cadre du programme Erasmus.

​ Mise en place d’échanges européens dans le cursus de formation des éducateurs et des entraîneurs sportifs, dans le cadre du futur programme « Erasmus pour tous ».

 Création d’un centre de haut niveau sportif européen pour les sports moins exposés.

 Retransmission gratuite de certains événements sportifs européens en différé, via notamment une chaîne accessible à tous de type Euronews.

 Désignation d’une Capitale européenne du sport, sur le modèle de la Capitale européenne de la culture.


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