Observatoire européen des think tanks Think tanks and civil society : because ideas matter

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Mediapart et les think tanks

L’Observatoire cité par Médiapart dans un dossier sur les think tanks

30 août 2011 par OTT

Mediapart a consacré un dossier de 3 articles sur les think tanks. Nous publions ici quelques passages et indiquons le lien vers lequel vous pourrez retrouver l’intégralité des articles pour lesquels l’Observatoire français des think tanks a été largement sollicité pour apporter son expertise dans l’analyse de la croissance du phénomène think tank en France depuis plusieurs années maintenant.

Voici quelques extraits des articles. L’intégralité du dossier de Mediapart consacré aux think tanks est accesible en ligne en cliquant sur le lien suivant : Médiapart et think tanks

La bataille des idées pour 2012 passera-t-elle par les think tanks ? (think tank 1/3)

Quelques
jours avant le premier tour de l’élection présidentielle de 2007,
déjà convaincu de sa victoire prochaine, Nicolas Sarkozy affirme,
dans une interview au
Figaro :
« Depuis
2002, j’ai engagé un combat pour la maîtrise du débat d’idées.
(...) Et la violence de la gauche à mon endroit vient du fait
qu’elle a compris de quoi il s’agissait. (...) Au fond, j’ai fait
mienne l’analyse de Gramsci : le pouvoir se gagne par les idées.
C’est la première fois qu’un homme de droite assume cette
bataille-là. »

Efficace
storytelling, stratégie de communication revancharde d’une droite
réputée « la plus bête du monde » et réel travail de fond d’un
petit
brain
trust

constitué autour d’Emmanuelle Mignon se conjuguent pour donner le
sentiment que la victoire de l’UMP, en 2007, s’est fondée sur une
bataille culturelle et intellectuelle. La rupture alors mise en scène
par le pouvoir Sarkozy a beau, comme d’autres, être surtout
rhétorique, l’épisode a marqué les esprits des politiques
français.

A
l’orée d’une nouvelle campagne présidentielle, il n’y a ainsi
désormais guère de figure politique importante qui ne veuille
disposer de son propre club de réflexion.
Répondre à gauche,
de François Hollande,
La
Forge

de Benoît Hamon, le
Cercle
21

de Manuel Valls,
Des
idées et des rêves

d’Arnaud Montebourg, et bien sûr
Désirs
d’avenir
,
de Ségolène Royal... du côté du PS.
Génération
France

de Jean-François Copé,
France9,
de François Fillon,
Droite
sociale

de Laurent Wauquiez, les
Progressistes
d’Eric Besson, le
Club
89
de
Benoît Apparu... du côté de l’UMP.

Même
si ces clubs sont plus ou moins actifs, et si la forme existait
depuis longtemps, par exemple avec Rocard ou Delors, ils étaient
largement tombés en désuétude. A ces boîtes à idées de poche,
il faut ajouter les fondations reconnues d’utilité publique, souvent
organiquement liées aux partis :
Gabriel
Péri

pour le PCF,
Jean-Jaurès
pour le PS, la
Fondapol,
proche de l’UMP,
Res
Publica
,
chevènementiste,
Robert
Schuman
,
pour le centre... Mais aussi une myriade d’instituts thématiques
plus ou moins importants : l’
IRIS
sur les relations internationales,
l’IFRAP,
sur les dépenses publiques, très libéral,
En
temps réel
,
qui traite de questions d’économie...

Dans
ce paysage éclaté institutionnellement, certains acteurs (
Terra
Nova
,
l’
institut
Montaigne
,
la
Fondapol...)
prétendent accéder au statut de véritables think tanks, sur le
modèle anglo-saxon, financé par le privé, ou le modèle allemand,
nourri par des fonds publics.

Aux
Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en Allemagne, les grands laboratoires
d’idées disposent pourtant d’une force de frappe politique
incommensurable par rapport à ce qui existe en France, où
l’organisation la mieux dotée, l’institut Montaigne, n’emploie
qu’une poignée de permanents pour un budget d’environ 3 millions
d’euros. La
Fondation
Konrad-Adenauer
,
émanation de la CDU, et la
Fondation Friedrich-Ebert,
créée par le SPD, emploient, quant à elles, plus de 600 personnes
pour un budget atteignant les 130 millions d’euros.

Bien
que les think tanks français demeurent des modèles réduits,
financièrement et intellectuellement, à l’aune de ce qui existe de
l’autre côté des frontières, ils voudraient s’approprier la
campagne présidentielle de 2012.
« Il
est clair que les think tanks auront un rôle nouveau dans la
campagne qui s’annonce, peut-être même décisif. Ils seront
nettement plus visibles qu’en 2007, c’est une certitude »,
estime
Amaury Bessard, fondateur de l
’Observatoire
français des think tanks
,
qui donne ses rendez-vous à l’hôtel
Lutétia,
dans les salons duquel se réunissait la Fondation Saint Simon, créée
en 1982, dissoute en 1999, et grand-mère des think tanks français.

Dominique
Reynié, directeur de la Fondapol, voit, lui,
« un
grand changement entre 2007 et 2012, parce que nous sommes dans une
période d’incertitude qui n’épargne pas le monde intellectuel et
qui est propice à une vraie reconfiguration de la politique avec des
innovations fortes »
.
Olivier Ferrand, animateur de Terra Nova, juge que l’espace des
thinks tanks français
« était
jusque-là un espace amateur. Les politiques utilisaient davantage
des éminences grises ou des "visiteurs du soir". Mais en
quelques années, cet espace s’est transformé et professionnalisé »
.

En
outre, estime Benoît Thieulin, responsable de la campagne internet
de Ségolène Royal en 2007 et membre de Terra Nova,

« en 2012, le débat public va avoir lieu sur internet. Contrairement
à l’élection présidentielle précédente, le grand public y est et
s’y informe, pour savoir quoi acheter, mais aussi pour qui voter. Il
y aura donc un phénomène de réintermédiation où les médias
auront un rôle à jouer, mais aussi les think tanks, à coup
d’expertises et de contre-expertises ».

Prophéties
attendues venant de personnes impliquées dans l’espace des think
tanks ou véritable rupture en matière de structuration des débats
lors d’une campagne présidentielle ? Même s’ils n’ont pas encore
trouvé leur place dans la division du travail politique de conquête
et de conduite du pouvoir, certaines boîtes à idées françaises
estiment être, désormais, assez puissantes pour peser sur l’agenda
politique. Sans cesser pour autant de lorgner avec envie ce qui se
passe de l’autre côté de l’Atlantique, où les think tanks ont
acquis un rôle décisif et régulier, depuis, au moins, le début
des années 1980...

Une invention américaine

En
effet, même si on a coutume de désigner la
Fondation
Carnegie

ou la
Brookings
Institution
,
nées au début du XX
e
siècle, comme les premiers d’entre eux, les think tanks comme espace
de professionnalisation et de liaison avec la politique naissent,
côté conservateur, dans les années 1970. Et triomphent avec
l’élection de
Margaret
Thatcher

en Grande-Bretagne, en 1979, et de
Ronald
Reagan

aux Etats-Unis, en 1980.

Une
fois élu, Ronald Reagan applique ainsi les propositions de la
Heritage
Foundation
,
fondée par l’homme d’affaires
Joseph
Coors

et dirigée alors par le milliardaire
Erwin
Feulner
,
qui lui a remis un volumineux
Mandate
for leadership
,
distillant dans les moindres détails les politiques publiques
destinées à encourager la libre entreprise et faire reculer
l’administration fédérale dans la vie des Américains. La
Heritage
Foundation

innove en matière de technique de communication, en inventant
notamment le
Policy
Brief
,
une courte note dont chaque exemplaire est soumis au
« briefcase
test »
 :
pouvoir être assimilée par les parlementaires fédéraux pendant
les 15 minutes qui relient l’aéroport de Washington au Congrès
américain...

La
campagne et les mandats de Margaret Thatcher sont, eux, largement
orchestrés par le
Center
for policy studies

(CPS), mis en place en 1974, par
Keith
Joseph
,
le mentor de Thatcher, inspiré lui-même par
l’InstituteOf Economic Affairs
(IEA), fondé par le riche homme d’affaires britannique
Anthony Fisher,
sur les conseils de son ami
Friedrich
Hayek
,
tous deux membres de la
Société
du Mont-Pèlerin
,
creuset du néolibéralisme d’après-guerre.

De
l’autre côté de l’échiquier politique, on s’empare alors du modèle
utilisé par les conservateurs. Le jeune gouverneur de l’Arkansas,
Bill Clinton, fonde, au milieu des années 1980, la
Third
Way Foundation
,
qui donnera naissance, en 1989, au PPI, le
Progressive
Policy Network
,
principal lieu d’élaboration de la
« troisième
voie »

et des
« Nouveaux
démocrates »
.
Et Tony Blair fonde, lui, le
Foreign
Policy Centre
,
où s’élabore la politique du
New
Labour
.

La
puissance de feu des think tanks
« à
l’américaine »

réside dans les moyens financiers colossaux fournis par des grandes
compagnies et des hommes d’affaires qui n’hésitent pas à investir
dans ces machines d’influence politique, afin d’exercer une pression
sur le gouvernement favorable à leurs intérêts.
« Dans
les pays où les think tanks font partie du paysage, comme aux
États-Unis, ceux-ci obéissent à la règle des trois tiers : un
tiers de l’activité pour la production, un tiers pour la com’, un
tiers pour la recherche de fonds. En France, on produit et on essaye
après de communiquer. Le fundrising est pourtant la mission la plus
importante d’un think tank »
,
souligne Amaury Bessard.

Grâce
au mécanisme des
revolving
doors
,
frontières poreuses entre le public et le privé, il n’est pas rare,
non plus, que le passage par un think tank constitue, de l’autre côté
de l’Atlantique, une clé d’accès aux plus hautes instances
gouvernementales. Ainsi, le néo-conservateur
Project
for a New American Century

(PNAC) a fourni le personnel chargé, sous la présidence de Bush
Junior, de mettre en œuvre le programme qu’il avait lui-même
élaboré auparavant : guerre
« préemptive »
contre les
« États-voyous »,
intervention armée en Irak, réaffirmation de la prééminence des
États-Unis dans les relations internationales, unilatéralisme...
Financé en grande partie par des industriels de l’armement, comme
Lockheed Martin (qui a gagné beaucoup d’argent dans la politique
militaire mise en œuvre par Bush), le PNAC est fondé en 1997 par
Lewis Libby et Paul Wolfowitz, et regroupe Dick Cheney, Donald
Rumsfeld, Richard Perle, Peter Rodman, John Bolton ou Richard
Armitage.

Quand
George W. Bush Jr est élu, en 2000, la composition de son
gouvernement est édifiante : Donald Rumsfeld devient ministre
de la défense, Paul Wolfowitz son adjoint, Dick Cheney devient
vice-président, Lewis Libby dirige son cabinet, Peter Rodman est
chargé des questions de sécurité intérieure, John Bolton devient
secrétaire d’État pour le contrôle des armes, Richard Armitage
secrétaire adjoint aux affaires étrangères, et Richard Perle
président du conseil politique du Pentagone...

Selon
Stephen Boucher et Martine Royo, auteurs de
Les
Think Tanks, cerveaux de la guerre des idées
,
on dénombrerait aujourd’hui plus de 5000 think tanks de par le
monde, dont près de 1500 pour la seule ville de Washington. La
France, qui n’a jamais trouvé de véritable traduction pour le terme
de think tank, demeure à la traîne, en dépit de l’intérêt
nouveau qu’ils suscitent et de la surface médiatique qu’ils ont
acquise et d’une histoire riche en « cercles » et « clubs »
politiques, demeurés éphémères, à l’instar du Club Jean-Moulin
(1958-1970). 

(...)

La
tradition jacobine française serait donc coupable de cette atrophie
persistante, ajoutée à une représentation du bien commun où la
ligne de partage entre public et privé est déterminante.
« Les
think tanks sont des lieux de circulation entre secteur privé et
secteur public ; c’est un phénomène encouragé aux États-Unis, et
plutôt mal vu en France »
,
rappelle Amaury Bessard.

(...)

Plus
nombreux, plus visibles, plus structurés, les think tanks sont-ils
pour autant plus écoutés et plus influents ?

« Je n’ai encore jamais vu à l’œuvre l’ensemble d’un processus, qui
partirait d’une idée et aboutirait à un argument politique ou à
une politique publique. Je n’ai jamais encore observé de manière
linéaire un fonctionnement à l’anglo-saxonne, où un think tank
pousse une idée qui devient un projet de loi. Mais cela va
dépendre de la campagne »
,
juge Marc-Olivier Padis, rédacteur en chef de la revue
Esprit
et
vice-président de Terra Nova. Pour Bernard de la Rochefoucauld,
président d’honneur de l’institut Montaigne, il n’est pourtant
« pas
question de nier l’activité de lobbying d’un think tank. D’une
certaine manière, il ne s’agit que de ça »

Mais
ce lobbying ne fonctionne pas comme celui des cabinets

ad hoc

qui travaillent au corps les parlementaires en Grande-Bretagne, aux
Etats-Unis ou à Bruxelles. En pratique, les boîtes à idées
françaises se contentent souvent d’envoyer leurs productions aux
parlementaires, puis de passer un coup de fil, en espérant que la
sphère politique embraye. Michaël Cheylan, directeur des affaires
publiques de l’institut Montaigne, se vante pourtant de voir

« 25% de leurs propositions discutées dans le débat législatif ou
dans les hautes instances des entreprises »
,
même si l’influence réelle des think tanks paraît, en France,
difficile à mesurer, voire encore bien limitée...
« Tracer
une idée de sa formation jusqu’à une politique publique est de
toute façon très difficile »
,
résume Amaury Bessard. 

En
vue de la campagne présidentielle à venir, les principaux partis de
gouvernement ont toutefois, pour la première fois, mis en place des
instances censées incorporer la production des think tanks. Pour
Laurent Bigorgne,
« les
partis de gouvernement ont désormais compris qu’on était dans un
jeu gagnant-gagnant »
.
Avec, toutefois, deux stratégies différentes à gauche et à
droite.

Jean-François
Copé et Bruno Le Maire ont créé le Conseil national des think
tanks de l’UMP, dont la première réunion s’est tenue en janvier
2011. Elle regroupe 35 think tanks ou clubs politiques, dont la
Fondapol. L’institut Montaigne a, quant à lui, décliné
l’invitation, préférant garder ses distances institutionnelles.
Cette structure entend exercer une veille attentive, ainsi qu’une
sélection des meilleures idées,
« dans
l’optique de créer une dynamique intellectuelle large autour du
programme 2012 de Nicolas Sarkozy »
,
explique Amaury Bessard. (...)


Comment
Terra Nova irrigue l’hémisphère gauche (think tank 2/3)

Il
ne reste plus que deux ou trois mois à la fondation autoproclamée
« progressiste », créée par Olivier Ferrand, pour profiter
tranquillement de son nom de baptême. Terra Nova est en effet aussi
le nom de la série choc produite par Steven Spielberg, dont la
diffusion planétaire commence cet automne. Dans cette série,
l’histoire se situe en 2149, et la population humaine se trouve au
bord de l’extinction sur une Terre surpolluée dont les ressources
arrivent à épuisement. Une équipe d’individus courageux se lance
alors dans une faille spatio-temporelle pour inverser la tendance…

En
septembre 2008, lorsque Terra Nova se fonde, la gauche de
gouvernement est au bord de l’extinction après trois défaites
consécutives aux élections présidentielles, ses ressources
intellectuelles sont taries au point que Nicolas Sarkozy peut se
vanter d’avoir gagné la bataille des idées, et Olivier Ferrand se
verrait bien, alors, sauver la planète gauche. « Nous sommes partis
d’une raison de court terme : la défaite de 2007. Mais aussi du
constat plus profond d’un tarissement intellectuel de la politique
en général. Il ne s’agissait pas d’élaborer un programme de
mandature de 5 ans, mais bien de rechercher une refondation
intellectuelle. Les grands modèles de développement, que ce soit à
droite avec le modèle libéral, ou à gauche avec la
social-démocratie, sont des modèles historiques du XXe siècle,
dépassés par la mondialisation. »

Un
objectif que nuance le sociologue Michel Wieviorka, auteur de Pour la
prochaine gauche et proche de Martine Aubry :« Je ne crois pas que
Terra Nova soit en mesure de porter “le” projet de la gauche.
Mais, ce que Terra Nova apporte, c’est, jour après jour, des
propositions qui montrent que le problème n’est pas le manque
d’idée à gauche, qu’il y a une vitalité. » Pour Christian
Paul, député de la Nièvre et président du Laboratoire des idées
du PS : « Terra Nova a créé un vivier, et aussi une habitude de
travailler entre l’expertise politique et la production
intellectuelle, qui sont utiles. »

Sans
avoir atteint l’objectif ambitieux de réoxygéner entièrement
l’hémisphère gauche, Terra Nova constitue toutefois un
bouleversement, à l’échelle, plus réduite, des think tanks
français. Selon Amaury Bessard, président d’honneur de
l’Observatoire français des think tanks, « l’ensemble de cet
espace a dû se réorganiser avec l’arrivée de Terra Nova ». Pour
Benoît Thieulin, membre de la fondation et directeur de la
Netscouade, « Terra Nova a eu le mérite d’imposer une compétition
élevée sur ce qu’est un think tank en France. Jusque-là, c’était
surtout des clubs de vieux messieurs qui se réunissaient de temps en
temps. La Fondapol a dû faire sa mue. La fondation Jean Jaurès
s’est réveillée ».

Lors
de la remise de prix organisée par cet Observatoire français des
think tanks, au début de ce mois, Terra Nova s’est ainsi taillé
la part du lion. Elle rafle le trophée de la meilleure stratégie de
communication, le trophée des journalistes et celui du meilleur
think tank de l’année, décerné par les pairs. Nul ne devrait lui
contester le premier, tant Terra Nova a su se faire un nom et ne
jamais rester incognita en quatre petites années d’existence. « Ils
ont des réseaux amicaux, professionnels et médiatiques très bien
organisés. Et ils excellent à diffuser leur production, que ce soit
sur des supports classiques ou sur twitter », juge Marie-Cécile
Naves, vice-présidente de l’Observatoire français des think tanks.

Cette
visibilité de Terra Nova est d’ailleurs largement liée au second
trophée, celui des journalistes, avec lesquels Terra Nova a tissé
de nombreux liens : Métro, Rue89, Le Nouvel Observateur, Mediapart
via une édition participative, mais surtout Libération, qui lui a
sous-traité deux pages « rebonds » chaque mois, ayant fortement
contribué à légitimer la fondation dans le champ des idées à
gauche.

Quant
au trophée du meilleur think tank de l’année, reçu pour la
seconde année consécutive, seules quelques mauvaises langues
rappellent qu’au royaume des aveugles, les borgnes sont rois, tant
les think tanks demeurent, en France, des espaces encore marginaux
politiquement et intellectuellement. (...)



Institut
Montaigne et Fondapol : deux styles pour des idées proches ? (think
tanks 3/3)

Le
sauvetage de la Grèce, c’est eux. Et la future résistance de la
France à la crise de la dette aussi. Du moins à ce qu’ils en
disent... L’institut Montaigne et la Fondapol (Fondation pour
l’innovation politique) sont les deux principaux think tanks de
France en termes de moyens, et aussi les mieux connectés au monde de
l’entreprise. Et ils se vantent, tous deux, de donner le tempo à
l’actualité politique et économique de ce milieu d’été.

A
en croire Dominique Reynié, l’idée d’une « règle d’or » inscrite
dans la Constitution en matière de déficits publics émanerait
ainsi de la fondation qu’il dirige depuis 2008. « La dette est un de
nos sujets centraux. Et la note de Jacques Delpla, en date du 27
janvier 2010, intitulée « Réduire la dette grâce à la
Constitution : créer une règle budgétaire en France », a été
reprise par le chef de l’Etat. »

La
crise de la dette grecque a, elle, remis au goût du jour la
perspective « d’obligations de l’Union européenne », déjà évoquées
en 2010 par José Manuel Barroso, le président de la Commission
européenne, pour financer des grands projets. Une idée que
l’institut Montaigne a, de longue date, élaborée sous le nom
d’« Eurobonds ». Le 21 juillet 2011, en institutionnalisant le rôle
du fonds de stabilité européen, le sommet de Bruxelles semble avoir
préparé le chemin, à terme, à la création d’eurobonds
(euro-obligations) au sein de l’UE (lire notre article ici). Pour
Frédéric Bonnevay, expert associé à l’institut Montaigne et
rédacteur de l’étude « Pour un eurobond – Une stratégie
coordonnée pour sortir de la crise » : « L’institut Montaigne est un
acteur important dans la recherche de solutions à la crise des
endettements souverains en Europe. L’Institut a ainsi avancé des
propositions pratiques pour traiter le cas d’Athènes, en
concertation, notamment, avec les principaux créanciers privés de
l’Etat grec. »

S’il
faut sans doute modérer ce satisfecit, ces deux think tanks peuvent,
plus facilement que ceux marqués à gauche, prétendre avoir une
influence directe sur les politiques mises en œuvre, en raison de
leur proximité avec l’actuelle majorité, même si l’institut
Montaigne réfute toute orientation politique explicite, et se
définit comme un « espace de réflexion ouvert et non partisan »,
tandis que la Fondapol assume, elle, une orientation « de
centre-droit ».

Pour
autant, cette dernière se défend de porter les couleurs de l’UMP
dans la perspective de 2012. « On n’appellera pas à voter, ni pour
un candidat ni pour un parti », tranche Dominique Reynié, son
directeur. David Valence, qui anime le blog Trop libre, sur le site
de la Fondapol, est encore plus catégorique : « L’UMP et la Fondapol
n’ont plus de liens organiques. Je ne suis pas en train de faire la
campagne de l’UMP. Et sur notre blog libéral, on a publié des
comptes-rendus d’ouvrages très favorables à l’immigration, pas du
tout dans la ligne actuelle de l’UMP. » 

(...)

Retrouvez l’intégralité du dossier consacré aux think tanks en cliquant sur le lien : médiapart et think tank

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