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La France des think tanks

21 juillet 2011 par Olivier URRUTIA

Le 29 juin dernier, l’Observatoire Français des Think Tanks co-organisait les premiers Trophées des think tanks français. C’est l’occasion pour lui de revenir sur le fonctionnement et les objectifs de ces structures de pensée, dans le contexte hexagonal.

Si les think tanks restent encore peu ou mal connus en France, leur naissance remonte pourtant à une cinquantaine d’années. On assiste d’ailleurs depuis dix ans à une véritable explosion du nombre de structures dédiées à la réflexion autour des politiques publiques. En ce sens, l’organisation des trophées des think tanks a permis un recensement exhaustif et une analyse de tout ce que la France compte d’organismes ayant pour vocation de participer au débat sur les politiques publiques en y apportant leurs analyses et leur expertise sous forme de propositions. De ce travail se dégage une carte de France protéiforme et mouvante : fondations politiques, instituts, cercles, clubs, centres d’études coexistent dans notre pays.

Du point de vue de la communication, si l’influence directe, s’inscrivant dans une démarche individuelle, auprès des décideurs politiques et économiques reste la stratégie privilégiée par les think tanks, de plus en plus d’actions collectives voient le jour sous l’impulsion des acteurs eux-mêmes. Notamment le forum des think tanks qui s’est tenu en novembre 2010 et qui a connu un véritable succès. Ou bien encore le partenariat éditorial entre Le Monde.fr et 13 des principaux think tanks. Cela traduit, dans la perspective de 2012, un regain de dynamisme des cercles de réflexion en France et témoigne de leur envie de sortir de leur écosystème afin de communiquer beaucoup plus largement. Comme le faisaient déjà leurs homologues nord-américains, les think tanks français élargissent leur champ d’action en multipliant les canaux de communication : presse écrite traditionnelle, internet (sites, réseaux sociaux, blogs), conférences, émissions télé ou radio, etc.… Même si cela évolue, aujourd’hui encore, les think tanks français ont du mal à occuper l’espace médiatique. Les journalistes ne les utilisent encore que sporadiquement comme source d’information.

La France a vu apparaître autant de think tanks depuis les années 2000 que lors des cinquante années précédentes. On peut y voir le signe d’une envie de la société civile de participer, via des groupes de réflexion structurés, à la redéfinition du modèle politique français qu’impliquent les nouveaux enjeux socio-économiques liés à la mondialisation. Aux Etats-Unis comme en France, à chaque grande crise économique, sociale ou politique, a succédé une forte émergence de think tanks. On peut l’interpréter comme une réponse directe de la société à des problématiques majeures dépassant le cadre de compétence des seuls décideurs politiques. Traiter un problème systémique par une vision globale en dehors des clivages partisans. Un autre facteur apparaît indissociable du développement presque exponentiel de ces structures : celui de la technologie. En effet, les nouveaux outils technologiques de communication, « démocratisent » et facilitent l’accès de chacun au débat public et créent du lien entre les citoyens. On a pu le voir dernièrement avec les révolutions arabes, et plus en amont lors de l’élection d’Obama. On assiste à un relatif basculement d’une démocratie représentative à une forme de démocratie participative.

En France, les think tanks demeurent une forme d’expertise mal connue et sous-exploitée

Dans notre pays, l’influence de ces think tanks reste, certes, pour le moment, circonstanciée mais une dynamique a vu le jour. Sous l’impulsion de Jean-François Copé, la plupart des think tanks libéraux se rassemblent pour faire corps derrière la majorité en vue des prochaines élections présidentielles de 2012. Et le PS en a fait de même. Les think tanks, fort de leurs analyses variées et s’appuyant sur un corps d’experts issus de domaines divers et libres d’échéances électorales ou de dogmes partisans, participent à l’élaboration des aspects programmatiques des principaux partis politiques et se montrent capables d’innovation dans leurs propositions. Véritable émanation de la société civile et de ses préoccupations, ils sont un relais entre décideurs politiques et citoyens.

Néanmoins, plusieurs éléments se dressent comme des écueils dans le développement de l’impact du rôle des think tanks français. Le poids de l’histoire et de la tradition constitue une réalité avec laquelle il est parfois difficile de cohabiter. En France, même si c’est en train d’évoluer lentement, le politique possède déjà ses propres experts dans les cabinets ministériels. La plupart sont issus de l’ENA ou – plus rarement – des autres grandes écoles. De plus, il existe une tendance à l’amalgame entre lobby, dont la connotation reste très péjorative, et think tanks, dont le fonctionnement et les objectifs sont encore abscons pour beaucoup. Il y a souvent un soupçon de collusion avec des intérêts particuliers, pesant sur ces structures. Ce serait pourtant réducteurs de considérer les think tanks en France comme de simples relais de groupes privés auprès des décideurs politiques. Les subventions provenant de fonds privés ne sont pas une source de financement peu importante et, en cela, ne constituent pas un lien de dépendance entre think tanks et mécènes.

Enfin, les moyens financiers dont ils disposent en France sont beaucoup plus restreints qu’en Allemagne, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Plusieurs raisons spécifiques expliquent cette limite. Le peu de visibilité des think tanks français et la méfiance de beaucoup quant aux intérêts défendus qui ne favorisent pas la donation spontanée. Ou encore un système fiscal peu incitatif. A titre d’exemple, aux Etats-Unis, les think tanks jouissent d’un régime propre, le statut 501-C3, qui leur permet, entre autres, de bénéficier d’allègements de charges sociales et de réductions d’impôts conséquentes pour leurs donateurs.

Toutefois, le manque de savoir-faire ou d’investissement des think tanks dans la recherche de financement reste un obstacle prépondérant à leur développement. La levée de fonds est un travail qui requiert de disposer de compétences spécifiques et d’y consacrer du temps, ce qui n’est pas toujours le cas en France. Là encore, les think tanks américains ont mis en place une stratégie, le « grass root movement », qui leur permet de se constituer un large réseau de donateurs à travers le pays et de le fidéliser.

Article initialement publié dans le Cercle des Echos

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